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Le vécu du diabète de type 2
L'annonce du diabète de type 2
L'annonce d'un diabète de type 2 a rarement les répercussions psychologiques
de l'annonce d'un diabète de type 1, ceci pour plusieurs raisons :
Absence de symptômes
Il n'y a généralement pas à ce moment de symptômes de maladie,
et la découverte, souvent fortuite, d'une glycémie élevée est
souvent simplement perçue comme un chiffre anormal sur une feuille de résultats
de laboratoire, et non comme un processus conduisant à des conséquences
graves.
Il n'est d'ailleurs pas rare de constater que dans l'esprit du public «Avoir
du sucre» et «Avoir du diabète», ce n'est pas la même chose
: «J'ai du sucre depuis une vingtaine d'années, mais du diabète seulement
depuis trois ou quatre ans» comme si «Avoir du sucre» était une
particularité biologique, et «Avoir du diabète» une maladie de
par la présence de symptômes.
Dans le même ordre d'idée, la phrase «Il paraît que j'ai du diabète»
qui est initialement beaucoup plus fréquemment utilisée que la phrase «J'ai
du diabète» est probablement significative de l'absence de conviction d'être
atteint d'un processus conduisant à des conséquences graves.
Diabète dans la famille
Assez souvent il y a d'autres cas de diabète dans la famille, et si ces personnes
connues comme diabétiques n'ont pas, ou n'avaient pas eu, de conséquences
graves du diabète, l'annonce de la découverte du diabète est perçue
comme étant «dans la logique des choses de l'hérédité».
Age
Le diabète de type 2 est généralement découvert aux alentours
de la cinquantaine, c'est-à-dire à un âge où le vécu psychologique
des aléas de la vie se fait souvent avec moins d'acuité douloureuse que
chez l'adulte jeune.
Excès de poids
Pour beaucoup, diabète de la cinquantaine ou diabète gras sont synonymes
d'excès alimentaires qu'il suffira de modérer en fréquence ou en abondance
pour faire disparaître l'anomalie. D'autre part, en cas d'existence d'un excès
de poids, la nécessité de devoir modifier son alimentation avait souvent
déjà été antérieurement envisagée.
Environnement
La personne à qui on annonce la découverte d'un diabète de type 2
a souvent des amis ou des collègues de travail de même âge, ayant
aussi un diabète gras, qui ne s'en portent apparemment pas plus mal même
en ne respectant pas les conseils hygiénodiététiques donnés par
leur médecin.
Pas de nécessité d'insuline dans l'immédiat
Très souvent dans l'esprit du public, un diabète qui ne nécessite
pas d'injections d'insuline est un diabète beaucoup moins grave qu'un diabète
nécessitant des injections d'insuline.
Ou même, le mot diabète évoque uniquement deux situations, soit une
non-maladie (particularité biologique), soit une maladie qui se traite parfaitement
par de l'insuline, sans intermédiaire entre les deux, ni même conscience
que la première situation peut conduire aux mêmes complications que la
seconde bien avant que l'insuline soit nécessaire.
Par contre, la perception des choses devient différente lorsqu'un parent ou
un ami, également «diabétique aux comprimés», a eu une amputation
du pied, est devenu aveugle ou doit subir trois séances de dialyse par semaine.
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Le diabète de type 2 est souvent perçu comme une non-maladie |
Le diabète de type 2 qui échappe au traitement oral maximum
Le vécu psychologique est différent lorsqu'après un certain temps
de traitement par des comprimés, un traitement par l'insuline devient nécessaire
pour obtenir un contrôle glycémique satisfaisant.
Il n'y a pas déni de l'évolution du diabète, ni révolte vis-à-vis
de cette évolution, car le diabète existe depuis de nombreuses années
et le plus souvent la dégradation glycémique a été progressive,
mais il y a souvent opposition «Je sais que j'ai besoin d'insuline, mais je
n'en veux pas» et marchandage. Des écarts alimentaires sont mis en avant
pour expliquer la dégradation glycémique et l'assurance est donnée
d'y mettre bon ordre afin que l'insulinothérapie ne soit pas nécessaire.
Dans certains cas l'opposition est très vive, sans marchandage, le refus de
l'insuline est catégorique, et le soignant doit faire preuve de beaucoup de
psychologie pour convaincre.
Cette hostilité vis-à-vis de l'insuline dans le diabète de type 2
qui n'est plus maîtrisé par un traitement oral maximal a plusieurs composantes
:
Perception soudaine d'une gravité
Bien souvent, le diabétique de type 2 s'est peu ou prou réconforté
pendant de nombreuses années en se répétant «Ce n'est pas grave»
et à ses yeux la meilleure justification a été «D'ailleurs je
n'ai pas besoin d'insuline».
L'absence d'autre solution que l'insulinothérapie pour maîtriser les glycémies
vient alors totalement bouleverser les schémas de pensée qui prévalaient
depuis de nombreuses années : d'une part il y a sentiment de trahison «Toutes
ces années de médicaments et de diététique ... pour en arriver
là !», d'autre part il y a soudainement perception de la gravité de
la maladie qui avait jusqu'ici pu être relativisée par le fait que l'insulinothérapie
n'était pas nécessaire, et le raccourci «Tant que je n'aurai pas d'insuline,
mon diabète ne sera pas grave» n'est pas loin.
Absence de symptômes
Lorsque l'insulinothérapie devient nécessaire pour maîtriser les glycémies,
il n'y a habituellement pas plus de symptômes de maladie que lors de la découverte
du diabète une dizaine d'années auparavant, et l'insulinothérapie
paraît donc être une réponse théorique à un problème
théorique (la correction de chiffres sur une feuille de résultats de laboratoire)
et non une nécessité puisqu'il n'y a pas apparition de symptômes à
soigner.
Environnement
Les parents ou amis, diabétiques de type 2, n'étant pas sous insuline bien
qu'ayant des glycémies tout aussi élevées, ou même plus élevées,
confortent également dans l'idée que l'insuline n'est pas indispensable.
Idées fausses sur l'insuline
Il y a parfois aussi connaissance d'une ou plusieurs personnes chez qui a été
débutée une insulinothérapie à l'occasion d'une complication,
ou chez qui des complications sont apparues après avoir débuté une
insulinothérapie, ce qui conforte également dans l'idée fausse qu'il
vaut mieux éviter l'insuline «Tant que je n'aurai pas d'insuline, je n'en
serai pas au stade des complications». Ceci sans parler des insulinothérapies
mal vécues amenant certains diabétiques à déconseiller l'insulinothérapie
«Ne faites pas comme moi, ne vous laissez pas imposer l'insuline. Vous ne pourrez
plus l'arrêter, et de toute façon cela ne permet pas d'éviter les
complications».
La notion, communément répandue, d'une impossibilité de pouvoir arrêter
une insulinothérapie lorsqu'elle a été débutée, contribue
également au refus de l'insulinothérapie. Cette notion est sous-tendue
par le fait que l'insulinothérapie ne peut pas être arrêtée en
cas de diabète de type 1, et probablement aussi par les similitudes entre l'utilisation
quotidienne de seringues et une toxicomanie. Elle est cependant inexacte en cas de
diabète de type 2, où l'arrêt de l'insulinothérapie ramène
au niveau de contrôle glycémique qui aurait existé si l'insulinothérapie
n'avait pas été débutée.
Les contraintes, souvent supposées majeures, en matière d'horaires d'injection
et de repas, de conservation de l'insuline, de contrôles glycémiques capillaires
fréquents, ainsi que la crainte de malaises hypoglycémiques, voire d'injections
douloureuses, sont également des éléments de réticence.
Enfin, il y a aussi des aphorismes qui ont la vie dure : «Le diabète gras
n'a pas besoin d'insuline», «L'insuline n'est indispensable que si on a
fait un coma diabétique». Et le langage médical a été lui-même
pendant longtemps le moteur de ces aphorismes en classant les diabètes en DID
(diabète insulinodépendant) et DNID (diabète non insulinodépendant)
alors que l'insuline n'est qu'un outil permettant de soigner efficacement les deux
types de diabète.
En résumé
Le diabétique dont les glycémies ne sont plus maîtrisées par
un traitement oral n'a habituellement pas de symptômes rendant l'insuline à
l'évidence nécessaire, et a par contre un long passé de «diabète
vaincu sans insuline» et de nombreuses «bonnes raisons» pour refuser
l'insulinothérapie.
Mais, contrairement au diabète de type 1 dont l'apparition place de fait le
diabétique dans un sentiment d'infériorité et de dépendance par
rapport aux autres, ainsi que dans un sentiment d'altération de l'image de soi,
le diabétique de type 2 dont les glycémies ne sont plus maîtrisées
par un traitement oral refuse l'insulinothérapie pour ne pas se laisser envahir
par le sentiment d'infériorité et de dépendance par rapport aux autres,
et par le sentiment d'altération de l'image de soi.
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Le diabétique de type 2 est réticent vis-à-vis de l'insuline car elle suscite à tort des sentiments d'infériorité, de dépendance, et d'altération de l'image de soi. |