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Le vécu du diabète de type 1
L'annonce d'un diabète de type 1 entraîne habituellement deux sentiments
plus ou moins intenses : sentiment d'infériorité et de dépendance
par rapport aux autres, et sentiment d'altération de l'image de soi.
Ces deux sentiments s'estompent ensuite progressivement par suite d'un travail psychologique
sur soi-même permettant de faire le deuil de ce que l'on était «avant»
et de s'accepter tel que l'on est «maintenant».
Le vécu psychologique aboutit idéalement à une acceptation active,
cependant il peut aussi évoluer vers une résignation, voire une dépression
mais cela n'est pas habituel.
Parallèlement à ces itinéraires psychologiques, des fantasmes peuvent
être présents à l'esprit, de même que des sentiments non fondés
comme la honte et la culpabilité, qui sont des émotions normales que l'on
peut ressentir pour toutes activités de la vie, mais qui s'expriment ici dans
le cadre du diabète. Et plutôt que d'être mises de côté,
ces émotions doivent être exprimées afin de progresser vers un vécu
plus harmonieux.
Sentiment d'infériorité et de dépendance par rapport
aux autres
Bien souvent l'apparition d'un diabète de type 1 entraîne un double sentiment
d'infériorité :
• d'une part, car l'éclosion du diabète s'accompagne de symptômes
de maladie (fatigue, soif, amaigrissement, urines anormalement abondantes, voire
nausées, vomissements, coma) ayant conduit à un alitement et à une
interruption non souhaitée des activités habituelles,
• d'autre part, car assez rapidement le diabétique a la sensation d'avoir
été propulsé dans un monde où un langage et des connaissances,
qu'il ne possède pas, sont nécessaires à sa survie.
De plus, la confrontation avec «ceux qui savent», c'est-à-dire le
personnel médical et paramédical, entraîne un sentiment de dépendance,
pour des choses paraissant assez compliquées de prime abord comme les injections
d'insuline ou les glycémies capillaires, mais aussi pour des choses qu'il savait
parfaitement faire tout seul auparavant comme manger ou participer à un match
de football.
Ce sentiment d'infériorité et de dépendance s'estompe progressivement,
parallèlement à la disparition des symptômes de maladie et à
l'acquisition des connaissances et techniques permettant la non-réapparition
des symptômes de maladie. Cependant, la disparition de ce sentiment ne pourra
être complète que parallèlement à la disparition du sentiment
d'altération de l'image de soi.
Sentiment d'altération de l'image de soi
Après le stade initial de disparition des symptômes de maladie, c'est-à-dire
lorsque le diabétique se sent physiquement mieux, il est confronté au fait
que la maladie «est toujours là». En effet, le stade aigu est passé,
mais il n'est pas guéri, et assez rapidement il a le sentiment de n'être
plus «comme avant».
Cette altération de l'image de soi, ou plus exactement de l'image idéalisée
que l'on a de soi-même, peut conduire a un authentique état dépressif,
mais cette évolution est rare car chacun met en place des mécanismes de
défense pour faire face à l'angoisse et à la dépression.
Ces mécanismes de défense sont un travail de deuil puis un travail
d'acceptation, c'est-à-dire :
• un travail psychologique sur soi-même permettant de faire le deuil de
ce que l'on était «avant»,
• puis un travail psychologique sur soi-même permettant de s'accepter tel
que l'on est «maintenant».
Selon le modèle de Kubler-Ross, il y a schématiquement cinq étapes
entre l'annonce d'un événement douloureux et son acceptation : choc et
dénégation, colère, marchandage, dépression, acceptation.
En cas de diabète, ces cinq étapes sont plus précisément : choc
et dénégation, révolte, marchandage, réflexion
avec retour sur soi, acceptation active.
Le passage d'une étape à l'autre se fait plus ou moins rapidement selon
les individus, et assez souvent il y a fluctuation entre deux stades consécutifs
avant de passer au stade suivant.
Choc et dénégation
«Non, ce n'est pas à moi que cela arrive !». «C'est un mauvais
rêve, je vais bientôt me réveiller !».
La personne devenue diabétique occulte la maladie, ou nie le diagnostic, et
voudrait se persuader, et persuader son médecin, que l'anomalie n'est que transitoire
et que de nouveaux examens monteront qu'il n'y a pas de diabète.
Les contrôles glycémiques et injections d'insuline sont subis passivement,
avec absence d'intérêt vis-à-vis de l'apprentissage de techniques
dont le diabétique est persuadé qu'elles seront rapidement inutiles. Cette
étape est généralement de courte durée mais elle peut parfois
se poursuivre un certain temps avec pour pseudo-rationalisation que le diabète
est invisible aux yeux des autres «Les autres ne me voient pas malade, donc
je ne suis pas malade». Cependant, l'arrêt ou l'espacement, par le diabétique,
des contrôles glycémiques et des injections d'insuline ramènent alors
à la réalité, parfois au prix d'un certain temps de fatigue avec amaigrissement,
puis un coma avec hyperglycémie et acidocétose.
Il faut également signaler que, même lorsque l'apparition du diabète
ne conduit pas à un vécu de catastrophe majeur, les circonstances et les
modalités de l'annonce marquent toujours profondément. Bien souvent la
façon dont est vécue cette annonce, et par conséquent la façon
dont l'annonce est formulée, conditionnent beaucoup le vécu ultérieur
et la façon dont le diabétique va pouvoir apprendre à assumer cette
nouvelle situation. Cette annonce doit être faite en gardant à l'esprit
que le diabétique devra idéalement arriver au stade d'acceptation de sa
maladie, et qu'il est difficile d'accepter quelque chose qui est présentée
comme un ennemi.
Révolte
«Pourquoi moi ? », «C'est la faute de... ».
Après la dénégation du diabète, la révolte est fréquente
surtout lorsqu'il n'y a aucun cas de diabète connu dans la famille. Elle peut
être plus ou moins intense, et même être pénible à vivre,
tant par le diabétique que par son entourage. Un sentiment de culpabilité
y est parfois associé «Mais de quoi suis-je donc coupable pour qu'une chose
pareille m'arrive ?» «Qu'est-ce que j'aurai dû faire, ou ne pas faire,
pour que cela n'arrive pas ?».
La révolte porte bien entendu sur l'injustice que représente l'apparition
d'un diabète, mais tous les domaines de pensées ou d'activités peuvent
en être affectés, et la moindre contrariété, même n'ayant
aucun rapport avec la santé, peut entraîner des réactions inhabituelles.
Cette phase, aussi pénible soit-elle, est néanmoins une progression psychologique
normale traduisant la disparition d'un processus de sidération ou d'indifférence
au profit d'un processus actif d'agressivité qui pourra ensuite être progressivement
canalisé et transformé en processus constructif jusqu'à l'acceptation
active.
Marchandage
«D'accord puisque je n'ai pas le choix, mais il m'est impossible d'accepter
tout ce que l'on me dit être nécessaire. Je ferai uniquement ce que j'estime
indispensable».
Par exemple, l'insuline est acceptée mais à condition de n'avoir qu'une
injection par jour, le principe des repas à faible index glycémique est
accepté mais uniquement à la maison, ou l'utilisation d'un lecteur de glycémies
est acceptée mais uniquement en cas de malaise.
A ce stade, le diabétique n'accepte qu'une partie de la réalité, et
bien souvent uniquement celle qu'il pense lui permettre de vivre «presque comme
avant». Comme l'agressivité qui l'a précédée, cette phase
est normale et logique dans la dynamique des événements subis. Le marchandage
est devenu possible par suite de l'atténuation d'une agressivité finalement
ressentie comme inutile, mais la motivation reste d'être gêné le moins
possible et d'accepter uniquement ce qui paraît devoir être indispensable
pour vivre «comme avant».
Cette étape est parfois teintée d'une recherche d'incohérence dans
les conseils qui sont donnés. Par exemple, à la question «Si ma glycémie
avant dîner est élevée, de combien faut-il que j'augmente ma dose
d'insuline retard du matin ?» une réponse tenant compte des différents
cas de figures possibles est jugée inacceptable. Ou encore, à l'extrême,
en réponse à la question «Que faut-il que j'avale en cas de malaise
hypoglycémique ?», des réponses telles que «3 ou 4 morceaux de
sucre» ou «deux cuillères à soupe de confiture» ou «une
pomme» sont considérées comme inacceptables car insuffisamment précises,
même s'il a été annoncé simultanément que ces trois aliments
contiennent des quantités équivalentes de glucides.
Et, ce qui est perçu comme une incertitude sur la façon de réagir
face aux événements constitue, aux yeux du diabétique, la justification
d'une impossibilité de mettre en pratique les conseils ou de refuser une partie
du traitement, même si les incohérences qu'il a cru déceler ne concernent
pas les conseils ou traitements qu'il refuse. Cette attitude rigoriste peut traduire
la persistance du sentiment de révolte du stade précédent, être
le témoin d'une charge émotionnelle encore trop pénible, ou être
simplement la manifestation de l'anxiété face à l'inconnu. Il est
cependant normal et bon qu'elle soit exprimée car cela permet alors de progresser,
ce qui ne serait pas le cas sans cela, avec risque de rester à l'étape
du marchandage.
Réflexion avec retour sur soi
«Faut pas rêver, je ne serai plus jamais comme avant, mais est-ce que je
pourrai vivre autrement ?».
Cette étape est appelée dépression dans le modèle de Kubler-Ross,
mais elle n'est pas une dépression au sens psychiatrique du terme où il
y a perte des intérêts, absence de plaisirs, absence de projets, troubles
de l'appétit, troubles du sommeil, perte de l'estime de soi, sensation de «voie
sans issue», idées suicidaires.
C'est plutôt une amertume (c'est-à-dire un ressentiment mêlé
de tristesse causé par le constat de la perte définitive de quelque chose)
à laquelle est associée une interrogation quant à la façon dont
le diabète peut être intégré dans la vie de tous les jours.
L'idée d'un retour à une vie sans diabète est abandonnée, l'image
de soi «hors diabète» est restaurée, et l'interrogation quant
à la possibilité de construire une image de soi «avec diabète»
évolue progressivement en espoir d'y parvenir. Après quelque temps de recul,
ceci est assez souvent exprimé par «J'avais le sentiment de tomber de plus
en plus bas, mais à moment donné, j'ai recommencé à regarder
vers le haut».
Il s'agit donc d'une phase de «dé-pression» au sens de «diminution
de la pression psychologique», avec réflexion sur soi et espoir de parvenir
à intégrer le diabète dans la vie de tous les jours.
A cette phase, l'enseignement sur le diabète est bien perçu car les mécanismes
de défense initiaux d'agressivité ont été progressivement remplacés
par un contexte psychologique supportable autorisant des mécanismes de pensée
constructifs. Le diabétique est souvent silencieux, attentif, voire méditatif,
parfois aussi dubitatif, mais la charge émotionnelle qui est moins forte, permet
l'écoute et la compréhension de nouveaux principes de vie.
L'enseignement permet par ailleurs au diabétique d'exprimer son vécu subjectif,
ce qui est particulièrement important pour pouvoir faire le deuil de ce que
l'on était «avant» et envisager de s'accepter tel que l'on est «maintenant».
Le diabétique, qui n'est maintenant plus gêné par son vécu émotionnel
pour acquérir des notions théoriques, se heurte cependant à des difficultés
d'application pratique de ces notions dans sa vie quotidienne, et il lui est encore
difficile d'élaborer des principes de vie qui lui soient propres.
Il lui faut encore acquérir l'autonomie nécessaire pour passer d'un contrôle
externe de la maladie (par le soignant) à un contrôle interne de la maladie
(par le diabétique), c'est-à-dire pour oser prendre seul des décisions
le concernant (alimentation, activité sportive, adaptation des doses d'insuline...)
et avoir une attitude active de préservation de son capital santé.
Acceptation active
«Je fais ce qu'il faut pour dominer la situation et pour préserver mon
capital santé». «Le diabète est un handicap, mais je ne suis
pas un handicapé».
Le travail d'acceptation de la maladie est une démarche sans laquelle il n'est
pas possible d'accéder à l'autonomie permettant d'intégrer le diabète
dans sa vie quotidienne, sans rumination ni regret majeur, de n'y penser que le temps
nécessaire au traitement, d'obtenir un autocontrôle efficace de son diabète,
et d'envisager l'avenir avec confiance.
Ce processus d'acceptation active passe par la disparition complète du sentiment
d'infériorité et de dépendance, par la conviction de la possibilité
d'un nouveau mode de vie, par l'élaboration d'une nouvelle image de soi «avec
diabète», par la constatation de la capacité à se prendre en
charge, et par la volonté d'adapter son traitement à sa vie plutôt
que d'adapter sa vie aux impératifs du diabète. Cette acceptation active
est aussi appelée «Savoir être».
Le plaisir de vivre est alors à nouveau présent, dans un contexte psychologique
associant autonomie, responsabilité, dynamisme et activité créatrice.
Il faut cependant souligner que l'acceptation active n'est pas une étape définitivement
acquise, et que son maintien nécessite parfois des efforts importants pour le
diabétique et son entourage, notamment lors des inévitables aléas
de la vie, professionnels, familiaux, ou autres...
Résignation et dépression
La résignation : une évolution non souhaitable
L'annonce du diabète est souvent suivie d'une phase de dénégation,
qui est en quelque sorte un état de sidération avec souhait utopique «que
le temps s'arrête et que la vie d'avant reprenne son cours».
Il y a ensuite un processus normal d'agressivité qui se manifeste d'abord par
un état de révolte, puis un marchandage, et les mécanismes de défense
initiaux d'agressivité sont ensuite progressivement remplacés par un contexte
psychologique supportable autorisant des mécanismes de pensée constructifs.
La sidération initiale est donc habituellement suivie de processus actifs (agressivité
décroissante puis acceptation progressive).
Il peut cependant en être différemment avec une sidération initiale
qui est suivie d'un processus passif avec sentiment d'amputation physique et psychologique
qui est accepté avec fatalité, ou aussi aigreur mais sans processus agressif
ni même actif.
Cette évolution vers la résignation n'est pas une acceptation car il n'y
a pas mise en jeu d'un processus actif.
Elle n'est pas souhaitable, d'une part car elle entretient le sentiment d'infériorité
et de dépendance, et d'autre part car elle ne permet pas d'adopter les comportements
nécessaires pour atteindre le meilleur contrôle glycémique.
Dans certains cas, la résignation peut être entretenue par une recherche
inconsciente de bénéfices secondaires de la maladie : par l'expression
d'un statut de malade, le patient espère que son entourage familial ou médical
s'occupe mieux de lui, mais le comportement, qui associe alors passivité, dépendance
et régression, ne permet pas une vie heureuse ni un bon contrôle glycémique.
La dépression : le diabète n'est pas le mécanisme causal
Une authentique dépression-maladie est possible dans les suites de l'annonce
d'un diabète de type 1, mais c'est assez rare et pratiquement toujours dans
un contexte dépressif déjà existant qui est aggravé par les répercussions
psychologiques de l'apparition du diabète. Cette dépression-maladie se
manifeste généralement assez tôt, avant le stade de marchandage. Elle
n'a pas de caractéristiques propres, si ce n'est que bien souvent le diabète
en est rendu totalement responsable, alors qu'il est un élément supplémentaire
dans un vécu déjà difficile.
La dépression-maladie est bien évidemment également possible après
de nombreuses années de diabète, mais les statistiques indiquent que la
dépression-maladie n'est pas plus fréquente chez les personnes diabétiques
que chez les personnes non diabétiques.
Inconscient et fantasmes
L'apparition d'un diabète de type 1 est souvent vécue comme un bouleversement
total de la vie, en raison des contraintes de son traitement et de ses possibles
complications à long terme, mais aussi car le diabète ne se voit pas et
n'est pas corporellement ressenti comme une maladie d'un organe.
Il y a habituellement sentiment de «perte de quelque chose» que
le diabétique a des difficultés à exprimer faute de pouvoir montrer
le diabète ou ses conséquences, et la localisation imprécise qu'il
a de son pancréas, ainsi que l'absence de symptômes pancréatiques,
contribuent à ces difficultés.
Il peut également exister un sentiment de «présence de quelque
chose» dont l'impossibilité de pouvoir la matérialiser peut conduire
à un vécu fantasmatique angoissant :
• Le pancréas peut être perçu comme un «organe mort à
l'intérieur du corps» qu'il est difficile d'intégrer à l'image
de soi.
• La dépendance vis-à-vis de l'insuline, et son administration avec
des seringues, a des similitudes avec une toxicomanie : «Il me faut ma dose
d'insuline» «J'ai besoin de ma drogue pour continuer à vivre».
• Les variations glycémiques sont l'expression de la maladie, «de
la chose», «du monstre intouchable», qui est entré dans le corps
du diabétique et qui a le pouvoir de s'exprimer indépendamment de la volonté
du diabétique.
Le sentiment «de n'être plus comme avant» se double alors de façon
plus ou moins consciente, d'un sentiment de la présence «de quelque chose»,
voire «d'un autre», avec une cohabitation obligée qu'il est difficile
d'admettre, d'une part en raison des contraintes, des manifestations et des complications
possibles du diabète, mais aussi car le diabétique sent confusément
que des conséquences psychologiques sérieuses pourraient résulter
de cette situation (dépression, déstabilisation de la personnalité...).
Cette «présence» imposée, intolérable, est à l'origine
du déni et de la révolte, et le marchandage est en quelque sorte un mécanisme
de défense permettant au diabétique de fixer les frontières de cette
cohabitation obligée avec «un autre» d'autant plus difficile à
accepter que ses limites et pouvoirs sont inconnus.
Par contre, lorsque l'idée d'un retour à une vie sans diabète est
définitivement abandonnée, et que l'image de soi «hors diabète»
est restaurée, «l'autre» avec qui il y a eu un certain temps de cohabitation,
peut être mieux analysé, et ses limites et pouvoirs mieux précisés.
C'est à ce stade que l'information sur la maladie est la plus utile, d'une part
car le contexte psychologique moins pénible autorise des mécanismes de
pensée constructifs, et d'autre part car l'acquisition de connaissances permet
de démystifier le «monstre intouchable», de cerner les limites et
pouvoirs de «l'autre», et de connaître les moyens «pour reprendre
les commandes» avec progressivement retour de l'espoir d'une vie possible «avec
diabète».
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Mieux on connaît sa maladie, |
Le vécu du diabète au quotidien
Craintes, inquiétudes, peur et anxiété
• La peur et l'anxiété sont des émotions légitimes chez
le diabétique : crainte que l'injection soit douloureuse, crainte des symptômes
du malaise hypoglycémique, crainte de faire une hypoglycémie à un
«mauvais moment» (au travail, pendant une réception, dans un magasin...),
crainte de ne pas reprendre conscience en cas de coma hypoglycémique, crainte
de rester seul la nuit, crainte des complications...
Ces craintes sont logiques car le risque de survenue de ces événements
n'est pas nul, mais une information appropriée sur chacune de ces éventualités
permet de cerner les circonstances favorisantes, de connaître les attitudes
permettant de les éviter, et de savoir y faire face efficacement, ce qui permet,
d'une part de ne plus avoir de craintes irraisonnées parce que non fondées,
et d'autre part d'être confiant quant à sa capacité d'en limiter à
la fois la fréquence et les conséquences.
Autrement dit, l'information permet de vaincre les craintes, d'améliorer la
qualité de vie, et bien souvent d'améliorer également le contrôle
glycémique par l'adoption de comportements adaptés aux circonstances.
• Par contre, l'absence d'information, ou l'absence de confiance en soi ou dans
les informations reçues, peuvent conduire à l'installation d'une peur non
fondée pouvant retentir de façon importante sur la qualité de vie
: le diabète et ses possibles conséquences occupent les pensées même
en dehors des moments de traitement. En outre, ces craintes conduisent habituellement
à des comportements, que le diabétique pense être «de sécurité»,
qui ont une influence défavorable sur le contrôle glycémique.
• Il en est de même en cas d'insouciance ou d'absence de craintes par suite
de nombreux épisodes d'hypoglycémie ou d'hyperglycémie sans conséquences
fâcheuses, malheureusement trop souvent vécus comme des «victoires
sur le diabète». La motivation à s'impliquer dans le traitement fait
alors défaut, ce qui conduit à un mauvais contrôle glycémique
favorisant les complications.
Frustration
La frustration, sur le plan alimentaire ou en ce qui concerne les contraintes du
traitement, est un sentiment souvent présent au début du diabète,
qui s'estompe généralement ensuite lorsque le diabétique a été
correctement informé que la façon de vivre qui lui est recommandée
est en fait celle que devrait avoir tout individu pour se maintenir en bonne santé.
Il persiste cependant assez souvent une frustration de ne pas pouvoir se récompenser
comme on le voudrait. Il existe en effet une relation très forte entre les émotions,
l'affectivité et la nourriture apportant satisfaction : en allaitant, la mère
apporte amour et nourriture à son nouveau-né ; l'enfant est récompensé
par une confiserie ; au retour de l'école, le goûter fête la fin d'une
séparation ; les fêtes de famille sont l'occasion de repas sortant de l'ordinaire...
D'autre part, une partie du plaisir est liée à la spontanéité
et à l'excès. Il est donc assez compréhensible que la célébration
d'un événement heureux par un apport glucidique raisonnable et planifié
en fin d'un repas équilibré, ne soit pas de nature à satisfaire.
En outre, se faire plaisir sur le plan alimentaire est un moyen fréquemment
utilisé face aux multiples tracas de la vie.
Par ailleurs, cette frustration est de nature à conduire à une culpabilité
de s'être récompensé «comme s'il n'y avait pas de diabète».
Un cercle vicieux peut même s'installer : on mange pour se faire plaisir ou
se réconforter ou se consoler => on se sent coupable => on mange à
nouveau, cette fois pour se punir ou se consoler...
En fait, bien souvent, c'est beaucoup plus l'idée de ne pas pouvoir se récompenser
comme on le voudrait, que la fréquence des situations où on souhaiterait
se récompenser, qui est source de mal-être.
Pour faire face à ces situations, il peut être envisagé «de laisser
le diabète de côté» lorsque ces situations sont très exceptionnelles,
c'est-à-dire une fois par an, par exemple, Noël, Nouvel An, Pâques,
son anniversaire, l'anniversaire de ses proches, une promotion professionnelle...
Si ce n'est qu'à ces rares occasions annuelles que le diabète est mis de
côté, cela ne peut pas avoir de conséquences fâcheuses sur le
long terme. De plus, un traitement permettant de prendre en compte ces éventualités
(schéma basal-bolus par exemple) permet de gérer efficacement ces situations.
La frustration peut également être ressentie dans d'autres domaines que
l'alimentation, et la discipline, les contraintes et l'hygiène de vie, qui sont
le quotidien du diabétique, s'apparentent beaucoup à ce que vit le sportif
de haut niveau, mais lui il a choisi de faire du sport et les exigences que cela
implique, alors que le diabétique n'a pas choisi ces exigences et n'est aucunement
responsable de la situation dans laquelle il se trouve.
Honte
Quelquefois, le diabétique a honte de sa maladie, a des difficultés à
en parler, même à son proche entourage, et vit son diabète comme une
atteinte de son image et de l'estime de soi.
Les raisons de ce sentiment sont diverses, allant d'un mal-être en relation
avec le sentiment de n'être pas comme les autres, à un sentiment d'être
coupable de quelque chose dont le diabète serait en quelque sorte la punition.
Ici également, l'information permet de dissiper ce sentiment et d'améliorer
la qualité de vie.
La participation à des activités de groupes avec d'autres diabétiques
est également très utile, dans le cadre d'associations ou de stages d'éducation,
notamment par la participation à des groupes de parole où ce sujet peut
être abordé avec sérénité.
Culpabilité
Indépendamment du sentiment mal définissable qui existe parfois de devoir
être coupable de quelque chose dont le diabète serait la punition, le diabétique
peut éprouver des sentiments de culpabilité liés à la façon
dont il assume son diabète :
• culpabilité de ne pas faire quelque chose (alimentation, contrôles
glycémiques, adaptation de doses d'insuline...).
• culpabilité d'avoir fait quelque chose qui ne conduit pas au résultat
escompté (alimentation, adaptation des doses d'insuline).
• culpabilité parce que certains jours «on ne peut pas faire mieux»
en raison des impératifs de la vie quotidienne.
• culpabilité parce que certains jours «on ne veut pas faire mieux»
dans un contexte de difficultés familiales ou professionnelles (quand le moral
n'est pas brillant, il est assez logique que le diabète ne soit pas mieux assumé
que les autres problèmes de la vie).
Ce sentiment peut survenir :
• lorsque l'on fait quelque chose que l'on ne doit pas faire,
• lorsque l'on ne fait pas quelque chose que l'on devrait faire,
mais aussi :
• lorsque l'on fait quelque chose que l'on doit faire, mais qui ne conduit pas
au résultat escompté,
• lorsque l'on ne fait pas quelque chose qu'il ne faudrait pas faire, parce
qu'on aurait bien aimé la faire.
Il faut bien comprendre que ces sentiments de culpabilité sont des émotions
normales que l'on peut ressentir pour toutes activités de la vie, qui s'expriment
ici dans le cadre du diabète. Comme pour les autres tracas de la vie, elles
traduisent un conflit qu'il faut savoir analyser, éventuellement en en parlant,
de façon à pouvoir aller plus loin.
Difficulté à vivre l'incompréhension ou la stupidité des autres
Quiconque n'a pas été confronté au diabète (parent ou ami diabétiques)
a la plupart du temps des idées fausses sur le diabète, ses causes, ses
contraintes, ses risques, ainsi que sur le vécu du diabétique.
La discussion n'est pas pénible à vivre lorsque ces idées fausses
sont un aveu de méconnaissance du diabète, exprimé sans arrière-pensées,
et que le diabétique peut expliquer à son interlocuteur la réalité
des choses.
Par contre, cela devient intolérable lorsqu'un jugement non fondé est exprimé,
ou lorsqu'il est présumé que le diabétique est responsable de son
état : «Quand on abuse du sucre, il ne faut pas s'étonner d'avoir
des ennuis», «Le diabète, ça se soigne, il n'y a qu'à...»,
«Comment croire qu'une personne doit éviter le sucre, alors qu'elle en
a plein les poches», «Après tout ce qu'on vous a dit, si vous avez
des ennuis, c'est que vous l'avez bien cherché»...
Face à de tels propos, «le moral en prend un coup», mais il faut bien
comprendre qu'en fait ils relèvent rarement d'une méchanceté gratuite,
mais beaucoup plus souvent d'une absence d'information et d'une réaction d'autoprotection
(en rendant le diabétique coupable de son état, la personne non diabétique
se rassure quant au fait qu'une pareille chose ne peut pas lui arriver).
Il n'en demeure pas moins que ces propos font mal, et qu'en fin de compte le meilleur
moyen pour ne plus risquer de les entendre est que le grand public soit informé
avec exactitude sur ce qu'est réellement le diabète, ainsi que sur ce qu'est
le quotidien du diabétique : une attitude responsable de préservation du
capital santé par une prise pluriquotidienne de décisions (alimentation
équilibrée, activité physique régulière, autosurveillance
glycémique, adaptation des doses d'insuline...).
Autrement dit, plus on parlera du diabète, mieux ce sera pour les diabétiques,
et si le vécu psychologique de son diabète le permet, il ne faut pas rater
une occasion d'expliquer la réalité des choses.
C'est ma vie, après tout !
Il arrive que ce ne soit pas uniquement le diabète et ses contraintes qui soit
pesants, mais le fait de devoir vivre sous le regard du soignant, et le diabétique
en arrive à se demander : «A qui appartient la glycémie ? A qui appartient
la santé ? A moi ? A mon médecin ? Aux deux ? C'est ma vie, après
tout !».
Ceci se produit habituellement lorsque le diabétique a le sentiment de devoir
vivre sous un regard dirigiste du soignant, ou de n'exister qu'au travers des glycémies
ou des complications présentes ou à venir.
C'est le plus souvent la conséquence d'une prise en compte insuffisante par
le soignant du vécu du diabétique, d'une non-reconnaissance par le soignant
du «droit à l'erreur» du diabétique, ou d'une pression psychologique
trop forte de la part du soignant.
Usure du temps et banalisation des gestes
L'usure du temps et la banalisation des gestes sont sources d'oubli ou d'imprécision,
et modifier ses habitudes de vie est difficile, pour le diabétique comme pour
quiconque. D'autre part, avec le temps «le diabète n'en fait qu'à
sa tête» avec des variations glycémiques parfois à l'opposé
de ce qui aurait logiquement dû se produire.
Tout ceci peut conduire à un «ras-le-bol» assez compréhensible,
et rappeler au diabétique qu'un bon contrôle glycémique est nécessaire
pour éviter les complications, n'est généralement guère plus
utile que de dire qu'il vaut mieux être riche, jeune, beau et en bonne santé,
que pauvre, âgé, laid et malade.
Par contre, prendre en compte le vécu du diabétique, faire preuve de compréhension
et de psychologie, apporter une aide «autre que glycémique», et faire
preuve d'énergie sont de nature à modifier la perception des choses. L'énergie
mise en oeuvre par le soignant, son dynamisme, sont alors en mesure de favoriser
des rencontres stimulantes qui incitent le soignant et le soigné à mettre
en oeuvre le meilleur d'eux-mêmes. La participation à des activités
de groupes avec d'autres diabétiques peut également être utile, dans
le cadre d'associations ou de stages d'éducation.
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Le quotidien du diabétique, c'est une attitude responsable par une prise pluriquotidienne de décisions |