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La relation soignant-soigné
Relation «mère-enfant»
Le modèle le plus intuitif de la relation «soignant-soigné» est
une relation où le soignant est actif (il soigne) et le malade est passif (il
est soigné).
Cette relation, qui est spontanément mise en oeuvre par les deux parties en
cas de maladie aiguë, comme une grippe par exemple, peut être comparée
à la relation «mère-enfant» où la mère est active,
directive et protectrice, et l'enfant est totalement dépendant ou soumis et
obéissant.
En ce qui concerne le diabète, ce mode de relation est légitime en cas
de problème aigu, coma diabétique par exemple, mais il ne l'est pas en
dehors des accidents aigus du diabète.
En effet, le diabète est une maladie chronique qui nécessite, pour qu'elle
soit correctement gérée, que le diabétique prenne lui-même 80
% des décisions concernant son traitement (alimentation, activité physique,
maîtrise du poids, autosurveillance glycémique, adaptation des doses d'insuline,
tabagisme...).
C'est contraignant, mais personne ne peut faire ces choix pour lui plusieurs fois
par jour.
Par conséquent, une relation de type «mère-enfant» n'est pas
la plus appropriée à la situation, même si, dans certains cas, le
diabétique ou le soignant se trouvent bien dans ce type de relation :
• le diabétique car cela lui permet d'être le moins concerné
possible par le diabète,
• le soignant car cela lui permet des entretiens de courte durée qu'il
justifie à ses propres yeux par deux types d'arguments : «C'est trop compliqué
pour être compris, et tout n'est pas explicable», «On peut dire ce
que l'on veut, de toute façon il ne fera que ce qu'il veut».
Relation «maître-élève»
Fort heureusement, la quasi totalité des soignants sont conscients que la bonne
santé du diabétique passe par un certain nombre de choses que le diabétique
doit mettre en oeuvre lui-même, et que leur rôle est aussi de faire acquérir
des connaissances au diabétique.
Mais cette transmission des connaissances comporte un certain nombre de difficultés
:
• Tout comme le marin a un langage pour parler de son bateau et de la façon
de le manoeuvrer, le soignant a un langage pour parler du diabète et de la façon
de le gérer. Une plate-forme de vocabulaire se met assez rapidement en place,
mais l'utilisation de ce vocabulaire par le diabétique ne signifie pas obligatoirement
qu'il maîtrise les mots et les raisonnements auxquels ce vocabulaire se réfère.
• Le soignant, dont le temps est toujours trop limité, en arrive souvent
à réorienter la conversation vers ce qu'il pense le plus utile, c'est-à-dire
l'aspect technique du diabète (glycémies, doses d'insuline...), surtout
s'il ne lui est pas facile de parler avec le diabétique de sa détresse
d'être devenu diabétique. L'aspect technique du diabète peut même
être un refuge du soignant (où il n'y a pas d'états d'âme) face
au vécu exprimé du diabétique (où il peut être fortement
question d'états d'âme). D'autre part, le soignant sait qu'il n'a pas de
réponse satisfaisante à fournir au diabétique face à ses interrogations
sur «le pourquoi» de son diabète.
• Comme chez tout individu, la relation inconsciente existant entre «le
savoir» et «le pouvoir» peut être forte chez le soignant, ce
qui peut l'amener inconsciemment à limiter la transmission de son savoir afin
de ne pas perdre une part de son pouvoir, ou tout au moins de l'auréole qu'il
pense avoir ou devoir porter. Pour ne pas avoir le sentiment de déchoir aux
yeux du diabétique, le soignant peut aussi éluder les questions dont les
réponses sont complexes ou impossibles à fournir.
Relation «adulte-adulte»
Par souci d'efficacité, par manque de temps, mais aussi parce que la transmission
de connaissances fait spontanément référence au modèle scolaire,
la relation «soignant-diabétique» est souvent une relation de type
«maître-élève» : le soignant ayant pour rôle de dire
ce qu'il faut faire, et le diabétique ayant pour rôle de mettre en oeuvre,
du mieux qu'il le peut, ce qui lui est dit.
Mais, ce schéma ne peut pas fonctionner de façon satisfaisante si le vécu
du diabétique n'est pas pris en compte par le soignant. En effet :
• Dans toute maladie chronique, il y a une dimension biologique et anatomique
(le diabète et ses conséquences physiques) mais aussi une dimension psychologique
et sociale (le vécu du diabétique qui n'a strictement rien fait pour en
arriver là), et si le soignant est principalement celui qui sait, le diabétique
est avant tout celui qui ressent. Or ce que le soignant envisage spontanément
de dire au diabétique comme devant être mis en oeuvre parce que «bon
pour lui» correspond la plupart du temps à ce qui pourrait être dit
à un «individu virtuel» sans émotions, sans craintes, sans angoisses,
sans désirs personnels, de préférence attentif, discipliné, intelligent
pour comprendre tout et tout de suite, obéissant, et idéalement toujours
souriant et de bonne humeur.
• Le vécu de l'apparition d'un diabète de type 1 est un vécu
de catastrophe avec sentiment d'infériorité et de dépendance par rapport
aux autres, et altération de l'image de soi qui doit être progressivement
restructurée. Il en est de même chez le diabétique de type 2 lorsque
l'insuline devient nécessaire pour contrôler ses glycémies de façon
satisfaisante. Or l'«individu virtuel», auquel se réfère la démarche
intellectuelle des soignants, est supposé en phase de réflexion avec retour
sur soi ou d'acceptation active, ce qui est loin d'être toujours le cas. Par
conséquent, les informations données peuvent parfaitement n'être pas
reçues et intégrées par le diabétique, même si celui-ci
a de très bonnes capacités de compréhension. Les informations données
peuvent ne pas avoir d'impact, ou même avoir un impact défavorable, parce
que données à quelqu'un n'étant pas en situation de les recevoir.
• A défaut de prise en compte de son vécu, le diabétique en arrive
à avoir le sentiment de devoir vivre sous le regard dirigiste du soignant, de
n'exister qu'au travers les glycémies ou les complications présentes ou
à venir, et de n'être pas lui-même aux yeux du soignant, ce qui rend
les contraintes du traitement et l'incertitude de l'avenir encore plus difficiles
à vivre.
• De plus, parce qu'il veut faire passer un message et obtenir un comportement
de la part du diabétique, le soignant peut avoir inconsciemment des attitudes
d'autoritarisme, d'interdiction, voire de répression ou de chantage, ce qui
est de nature à favoriser la dépendance, la résignation ou la régression,
plutôt que l'autonomie du diabétique, avec pour conséquence une attitude
passive conduisant à un mauvais contrôle glycémique favorisant les
complications.
La prise en compte, par le soignant, du vécu du diabétique est donc essentielle
pour que le diabétique puisse se mobiliser, s'autonomiser, devenir actif et
se soigner efficacement, et que la relation «soignant-soigné» évolue
en relation «adulte-adulte», d'accompagnement, où chaque partenaire
a un rôle actif, mais pas interchangeable. Et tout comme le diabétique
doit essayer de se mettre à la place du soignant, le soignant doit essayer de
se mettre à la place du diabétique.
Cette prise en compte est essentielle, tant au stade initial de l'apprentissage du
diabète, qu'ultérieurement, tant l'usure du temps et la banalisation des
gestes sont sources d'oubli ou d'imprécision.
Enfin, bien que l'éducation optimale passe par une relation «adulte-adulte»,
il peut être nécessaire en certaines occasions que le soignant soit momentanément
«parent» face à une situation aiguë, mais aussi qu'il ait la
compréhension de devoir être momentanément «enfant» face
à une situation de blocage psychologique.
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Il appartient aux deux partenaires
de faire évoluer la relation initiale de type «parent-enfant» en |
Quel est le soignant idéal ?
Le soignant idéal serait bien évidemment celui dont l'intervention permettrait
de guérir définitivement le diabète, voire d'éviter qu'il apparaisse.
Malheureusement, en l'état actuel de la médecine, on ne peut pas faire
disparaître un diabète, et le soignant ne peut qu'aider le diabétique
à préserver son capital santé et à vivre au mieux.
Il y a en fait deux étapes dans l'évolution des besoins du diabétique
:
• Au début, il s'agit de comprendre ce qu'est le diabète, de le démystifier,
et d'apprendre à le gérer, dans un contexte psychologique où se succèdent
et s'interpénètrent dénégation, révolte, marchandage, réflexion
avec retour sur soi, puis acceptation active.
• Ultérieurement, la nécessité d'un bon contrôle glycémique
est une évidence, l'aspect technique du diabète est assimilé, et ce
qui est le plus utile au diabétique venant du soignant est son écoute,
sa compréhension et son énergie.
Ecoute
La nécessité de faire preuve de psychologie et d'une écoute du diabétique
sont une évidence pour le soignant à la suite de l'annonce du diabète.
Par contre, ultérieurement, lorsque l'aspect technique du diabète prend
le dessus, le soignant est plus volontiers à l'écoute des questions techniques
du diabétique, et l'écoute sur le vécu du diabétique est souvent
laissée de côté, soit parce que le soignant ne voit pas en quoi sa
prise en compte serait de nature à favoriser un meilleur contrôle métabolique,
soit parce que le soignant estime que le vécu psychologique du diabète
est un problème résolu si le diabétique n'en parle pas spontanément.
Quant au diabétique, bien souvent il n'ose pas en parler, soit parce qu'il a
classé le soignant dans la catégorie «personne qui s'occupe des glycémies»,
soit parce qu'il estime qu'en parler ne servirait à rien, voire parce qu'il
est un peu honteux d'avoir des états d'âme.
Compréhension
La compréhension est utile au soignant car, en s'intéressant en détail
au vécu et aux conditions de vie du diabétique, il peut faire les propositions
les plus adaptées à chaque situation.
Mais elle est également très importante pour le diabétique, car s'il
ressent cette compréhension, cela l'incitera à s'impliquer activement dans
la proposition faite par le soignant.
Energie
Le soignant étant principalement celui qui sait et le diabétique étant
avant tout celui qui ressent, la relation soignant-soigné est finalement une
prise de décision en commun, de compromis entre ce qui serait idéal et
ce qui est possible.
Il y a d'un côté un message que le soignant souhaite faire passer, et de
l'autre un vécu dont le diabétique souhaite qu'il soit pris en compte.
Cela suppose des allers-retours, et une motivation de part et d'autre, pour que des
décisions acceptables par les deux parties puissent être prises.
Cependant, pour que des attitudes constructives puissent se mettre en place, il faut
que quelqu'un en ait l'initiative. Cela peut être le soignant, cela peut aussi
être le diabétique, mais étant donné la différence de vécu
du diabète par le soignant et par le diabétique, il est essentiel que le
soignant face preuve d'énergie lorsqu'elle fait défaut chez le diabétique.
L'énergie mise en oeuvre par le soignant, son dynamisme, sont alors en mesure
de favoriser des rencontres stimulantes qui incitent le soignant et le soigné
à mettre en oeuvre le meilleur d'eux-mêmes.
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L'écoute, la compréhension et l'énergie sont aussi nécessaires que les compétences techniques |