![]()
![]()
L'injection d'insuline : en pratique
La technique de l'injection de l'insuline est un facteur important de réussite
ou d'échec du traitement, et sa négligence peut être responsable d'une
instabilité glycémique d'un jour à l'autre.
Vous devez savoir réaliser vous-même vos injections d'insuline, de façon
à ne pas être dépendant d'une infirmière ou d'une autre personne.
On utilise des seringues jetables à usage unique ou des stylos à insuline.
Les gestes nécessaires pour l'injection d'insuline sont beaucoup plus longs
à expliquer qu'à réaliser. Avec un peu d'habitude on peut faire cette
injection en moins d'une minute.
Préparation de l'injection avec une seringue
Préparation du matériel
• Avant de faire l'injection, il faut regrouper devant vous sur une table :
flacon d'insuline, seringue à usage unique, coton et alcool.
• Lavez-vous ensuite soigneusement les mains avec du savon. Vos mains doivent
toujours être très propres pour éviter l'infection au point d'injection.
Préparation du flacon
• Prenez en main le flacon d'insuline et vérifiez qu'il s'agit bien du
flacon dont vous avez besoin (si vous utilisez plusieurs sortes d'insuline dans la
journée).
• S'il s'agit d'insuline retard, retourner le flacon une dizaine de fois pour
remettre en suspension le «produit retard» qui s'est déposé au
fond du flacon depuis la dernière injection. En l'absence de cette façon
de procéder on risque de s'injecter surtout de l'insuline rapide pendant les
premiers jours d'utilisation du flacon, et surtout de l'insuline retard les derniers
jours d'utilisation du flacon. Ceci ne concerne pas la Lantus qui est un analogue
lent dont l'effet retard n'est pas lié à la présence d'un «produit
retard» en suspension dans le flacon.
• Ne pas agiter ou secouer brutalement le flacon. Ne pas non plus le rouler
entre les paumes des mains car cette façon de procéder remet beaucoup moins
bien en suspension le «produit retard». Le mieux est de saisir le flacon
par une extrémité, puis de tourner alternativement et lentement une dizaine
de fois le poignet.
• Désinfectez le bouchon de caoutchouc du flacon avec un coton imbibé
d'alcool, et reposez le flacon devant vous.

Préparation de la seringue
• Prenez la seringue en main et retirez les capuchons protecteurs.
• La seringue peut être touchée à n'importe quel endroit sauf
au niveau de l'aiguille. Si l'aiguille a été en contact avec vos doigts
ou un objet quelconque il faut jeter cette seringue et en prendre une nouvelle.
• Maintenant que vous avez la seringue en main, il ne sera plus nécessaire
de la poser avant de réaliser l'injection.
Prélèvement de l'insuline
• Avant de prélever l'insuline, il faut remplir votre seringue d'un volume
d'air égal à la dose d'insuline à prélever, en tirant le piston
vers le bas. Cet air est nécessaire pour obtenir une contre-pression dans le
flacon, qui facilitera le prélèvement de l'insuline. D'autre part, en l'absence
de cette façon de procéder, au fur et à mesure de l'utilisation du
flacon il y aurait un vide dans le flacon qui rendrait de plus en plus difficile
le prélèvement de l'insuline, et qui pourrait favoriser la venue d'air
dans la seringue (passage d'air entre le piston et le corps de la seringue).
• Retournez ensuite votre seringue pour qu'elle soit verticale, avec son aiguille
vers le bas.
• De l'autre main tenez votre flacon sur la table, et enfoncez l'aiguille dans
le bouchon de caoutchouc (il est préférable de laisser le flacon posé
sur la table car il est plus facile d'enfoncer l'aiguille dans le bouchon si le flacon
est encore posé sur la table que s'il est tenu dans une main sans reposer sur
la table).
• Lorsque l'aiguille est enfoncée, appuyez sur le piston pour faire entrer
l'air de la seringue dans le flacon d'insuline.
• Il faut ensuite retourner ensemble le flacon et la seringue. Pour cela deux
moyens sont possibles :
- Soit mettre sur la table le dos de la main, paume vers le haut, et prendre le flacon
entre l'index et le majeur (comme pour tenir une cigarette). Le corps de la seringue
peut alors être tenu entre le pouce, l'annulaire et le petit doigt de la même
main. On lève ensuite la main pour retourner le flacon.
- Soit mettre sur la table le dos de la main, paume vers le haut, et prendre le flacon
entre le pouce et l'index. Le corps de la seringue peut alors prendre appui sur la
paume de la main. On lève ensuite la main pour retourner le flacon.
Remarques : La deuxième méthode nécessite une torsion plus importante
du poignet. Avec l'une ou l'autre de ces méthodes, on peut mettre le coude sur
la table pour la suite des opérations, afin d'avoir plus de stabilité.
• On peut ensuite tourner la seringue sur elle-même si les graduations
sont mal visibles.
• Le prélèvement de la dose d'insuline se fait en tirant le piston
de la seringue vers le bas, doucement, sans créer de turbulences dans le flacon.
Ce mouvement est facilité par la contre-pression de l'air préalablement
introduit dans le flacon.
• L'ensemble flacon-seringue toujours en place, regardez la seringue à
contre-jour pour vous assurer qu'il n'existe pas de bulles d'air. S'il y a des bulles
d'air, tapotez légèrement la seringue avec le doigt au niveau des bulles
de façon à ce qu'elles remontent vers le haut de la seringue. Poussez le
piston pour faire rentrer les bulles dans le flacon, puis tirez à nouveau le
piston vers le bas de manière à obtenir la dose d'insuline désirée,
sans bulle d'air.

Remarques :
- Les turbulences font que l'insuline retard prélevée n'a pas chaque fois
la même composition, ce qui pourrait entraîner une libération de l'insuline,
de la peau vers le sang, qui serait différente selon les jours.
- La formation de bulles se produit surtout lorsque l'on prélève l'insuline
trop rapidement.
- L'injection d'une bulle d'air sous la peau n'a aucune conséquence du fait
de la présence de l'air sous la peau, mais ceci conduit à ce que la dose
injectée est plus faible que prévue.
- Il est plus facile de tapoter la seringue lorsque le corps de seringue est tenu
entre le pouce, l'annulaire et le petit doigt (1° méthode) que lorsqu'il
prend simplement appui sur la paume de la main (2° méthode).
• Lorsqu'il ne s'agit pas d'un mélange, il n'y a pas d'inconvénient
à prendre un peu plus d'insuline que la dose prévue et de repousser l'excédent
dans le flacon. Par contre, ceci n'est pas possible s'il s'agit du prélèvement
de la deuxième insuline pour faire un mélange (Si par erreur vous prélevez
trop de la deuxième insuline, ne repoussez pas l'excédent dans le flacon.
Il faut jeter cette seringue et en prendre une nouvelle).
• Avec les seringues dont l'aiguille n'est pas sertie, il faut bien veiller
qu'il n'y ait pas de bulles d'air coincées entre l'embout de la seringue et
la base de l'aiguille.
• Retirez ensuite la seringue du flacon, en ayant soin de ne pas toucher l'aiguille.
• Une fois aspirée dans la seringue, l'insuline retard doit être injectée
sans tarder, faute de quoi la suspension se rompt et une partie du «produit
retard» pourrait rester dans la seringue, ce qui serait un facteur d'instabilité
glycémique.
Préparation de l'injection avec un stylo à insuline
La préparation d'une injection avec un stylo à insuline dépend de
chaque type de stylo, mais on peut donner des règles générales :
• S'il s'agit d'insuline retard, retourner une dizaine de fois le stylo pour
remettre en suspension le «produit retard». Ne pas agiter ni secouer brutalement
le stylo. Ceci ne concerne pas la Lantus qui est un analogue lent dont l'effet retard
n'est pas lié à la présence d'un «produit retard» en suspension
dans le stylo.
• Vissez une aiguille sur le stylo (il ne faut pas laisser une aiguille vissée
sur le stylo depuis l'injection précédente).
• Décapuchonnez l'aiguille et tournez le stylo pour placer l'aiguille vers
le haut.
• Purger le stylo en injectant quelques unités «dans le vide»
de façon à faire sortir une éventuelle bulle d'air présente dans
la cartouche. Recommencez la manoeuvre si une goutte d'insuline n'apparaît pas
à l'extrémité de l'aiguille.

Remarques :
- Comme il n'y a pas d'air dans les cartouches pour stylos rechargeables, ni dans
les stylos jetables, une petite bille de verre est ajoutée à l'insuline
de façon à ce que son déplacement puisse remettre en suspension le
«produit retard». Et pour que la bille se déplace, la meilleure solution
est de saisir le stylo par une extrémité, puis de tourner alternativement
et lentement une dizaine de fois le poignet (faire rouler le stylo entre les paumes
des mains n'entraîne que des déplacements minimes de la bille, et ne remet
donc pas bien en suspension le «produit retard»).
- La purge du stylo doit être réalisée après la dizaine de retournements
de stylo destinée à homogénéiser l'insuline retard.
- Etant donné que pendant l'injection, le stylo est tenu de façon à
ce que l'aiguille soit située plus bas que la cartouche d'insuline, on pourrait
penser que la présence d'une bulle d'air dans la cartouche ne peut pas être
gênante puisque la bulle ne risque pas d'être injectée sous la peau,
car elle est située à l'opposé de l'aiguille et qu'il restera de l'insuline
dans la cartouche après l'injection. En fait, la présence d'une bulle d'air
conduit quand même à injecter une dose d'insuline plus faible que prévue,
même si la bulle n'est pas injectée ! Ce phénomène est dû
au fait que les gaz se laissent comprimer beaucoup plus facilement que les liquides
: lorsque l'on appuie sur le piston, la bulle d'air, qui est comprimée, diminue
transitoirement de taille, ce qui conduit à une dose d'insuline injectée
plus faible que celle prévue. Bien entendu, après avoir appuyé sur
le piston, la bulle d'air retrouve progressivement sa taille initiale, mais ce phénomène
n'est pas rapide et conduit à ce que la totalité de la dose d'insuline
n'est pas injectée si l'aiguille est retirée de la peau avant que la bulle
d'air ait retrouvé son volume initial (par exemple, si la bulle mesure 200 microlitres
et que l'injection est faite en 5 secondes, seulement 37 % de la dose d'insuline
seront injectés, et il faut 15 secondes pour que 100 % de la dose soient injectés).
Autrement dit, s'il y a une bulle d'air dans le stylo, la dose d'insuline injectée
sera plus faible que pévue, et l'utilisation d'un stylo nécessite donc
une purge systématique avant chaque injection.
- Il est indispensable de ne pas laisser une aiguille vissée sur le stylo dans
l'intervalle des injections :
. D'une part, car cela favorise l'entrée de l'air dans le stylo. Un stylo, c'est
fait pour être transporté avec soi, et cela soumet l'insuline à des
variations de température : la chaleur existant dans une poche de veste ou de
chemise dilate l'insuline, ce qui fait sortir un peu d'insuline, tandis que le refroissement
(veste accrochée à un ceintre par exemple) provoque la rétraction
de l'insuline, ce qui fait entrer de l'air dans le stylo. De plus, lorsqu'un stylo
est porté pendant une journée, les mouvements et secousses auxquels il
est soumis conduit à faire sortir un peu d'insuline, qui est remplacée
par de l'air.
. D'autre part, car l'insuline risque de cristalliser à l'intérieur de
l'aiguille et boucher totalement ou partiellement l'aiguille. Si l'aiguille est complètement
bouchée, il faudra de toute façon changer d'aiguille. Si l'aiguille n'est
que partiellement bouchée, le flux d'insuline sera réduit lorsque l'on
appuiera sur le piston, avec pour conséquence une dose d'insuline injectée
moindre que prévue, si le temps pendant lequel l'aiguille est laissée sous
la peau n'est pas allongé.
Avec certains stylos il n'est pas possible de sélectionner un nombre d'unités
supérieur à celui restant dans le stylo, et on est ainsi averti de la nécessité
de devoir se piquer deux fois pour s'injecter la totalité de la dose, sauf si
on change de cartouche avant de commencer l'injection. Avec d'autres stylos, cette
information n'est pas fournie sauf si on prend soin de vérifier visuellement
qu'il reste suffisamment d'insuline dans le stylo.
![]()
|
Visser une aiguille avant chaque injection |
|
Purger avant chaque injection |
|
Retirer l'aiguille après chaque injection |
Injection de l'insuline
• Passez un un coton imbibé d'alcool sur la zone où vous allez faire
l'injection. Ceci peut se faire d'une seule main, sans lâcher la seringue ou
le stylo.
Remarques :
- Il est illusoire de penser que l'alcool détruit rapidement les microbes présents
sur la peau lorsqu'on y passe un coton imbibé d'alcool. Il faut au moins une
quinzaine de secondes pour que les microbes les plus fragiles soient détruits,
et davantage de temps pour les microbes plus résistants. Le passage d'un coton
imbibé d'alcool permet de nettoyer la peau en enlevant la fine pellicule grasse
qui la recouvre, ainsi que les microbes qui s'y trouvent, mais il ne s'agit pas d'une
désinfection. Si la peau vient d'être nettoyée, après un bain
ou une douche par exemple, il n'est même pas utile d'y passer un coton imbibé
d'alcool avant de faire l'injection.
- L'utilisation d'éther aboutirait au même «nettoyage» que l'utilisation
pendant quelques secondes d'un coton imbibé d'alcool. Par contre, l'éther
dessèche beaucoup la peau et dégage une odeur.
• Enfoncez l'aiguille rapidement et en totalité, à 90° ou à
45°, et dans un pli de peau ou sans former un pli de peau, selon la technique
d'injection que vous avez choisie.
Remarques :
- L'aiguille doit être enfoncée d'un geste vif, sans hésitation, jusqu'à
la garde de l'aiguille.
- Si toute l'aiguille n'est pas enfoncée sous la peau, l'insuline ne sera pas
à une profondeur suffisante, ce qui entraînera une libération plus
lente, partielle et variable de l'insuline, qui sera un facteur d'instabilité
glycémique. D'autre part, une injection superficielle est plus douloureuse qu'une
injection à profondeur normale.
- Un truc pour vaincre l'appréhension des premières injections : Avant
de faire l'injection, pincez la peau jusqu'à ressentir un début de douleur.
Relâchez ensuite la peau, et attendez une ou deux secondes avant de reformer
un pli et d'enfoncer l'aiguille. L'injection sera alors totalement indolore.
• Après avoir poussé le piston de la seringue ou du stylo, il est
important d'attendre au moins cinq secondes avant de retirer l'aiguille, afin que
l'insuline placée sous la peau «trouve sa place» et ne ressorte pas
en partie par le point d'injection lorsque vous aurez retiré l'aiguille.
• Si vous avez formé un pli de peau avant d'enfoncer l'aiguille, ce pli
doit être maintenu pendant l'injection, pendant l'attente nécessaire qui
suit l'injection, et pendant le retrait de l'aiguille (le pli formé avant d'enfoncer
l'aiguille ne doit être lâché qu'après avoir retiré l'aiguille
de la peau).
• La seringue doit être retirée d'un geste vif (un retrait lent favoriserait
la sortie de l'insuline par le point d'injection).
• L'endroit où a été injectée l'insuline ne doit pas présenter
de bosselures, sinon c'est que l'injection a été trop superficielle.
• Passez le coton imbibé d'alcool sur le point d'injection, mais ne massez
pas la zone d'injection, sinon la libération de l'insuline serait plus rapide
et variable selon les jours (il ne faut pas non plus masser la peau avant l'injection).
• Si une certaine quantité d'insuline a été perdue au moment
de l'injection (aiguille qui est sortie de la peau car l'injection a été
faite en tirant sur le corps de la seringue plus qu'en appuyant sur le piston, ou
désadaptation de l'aiguille d'une seringue dont l'aiguille n'est pas sertie)
il ne faut pas refaire d'injection car on ne sait pas précisément quelle
quantité d'insuline a été perdue. Il faut noter cet incident dans
son carnet d'autocontrôle et adapter des doses d'insuline suivantes en conséquence.
• Il reste ensuite à conditionner la seringue pour que l'aiguille ne risque
pas de vous blesser, ou de blesser quelqu'un. Pour cela, on peut :
- soit plier l'aiguille à sa base en prenant appui sur un plan dur, et si possible
coiffer l'aiguille pliée avec le capuchon qui protégeait le piston de la
seringue (si la seringue est vendue avec un capuchon au niveau de son piston),
- soit sectionner l'aiguille à sa base avec un coupe-aiguille prévu pour
cela, et récupérant les aiguilles dans un petit réceptacle (B-D Safe-Clip
par exemple) ; il existe aussi de petits appareils alimentés par piles
(Desintegrator Plus) destinés à faire fondre l'extrémité de l'aiguille
pour la réduire à la taille d'une petite bille métallique mais le
coût de ces appareils est prohibitif pour le service rendu.
• Mais dans tous les cas, les seringues usagées, les aiguilles pour stylos,
ainsi que les lancettes utilisées pour le prélèvement capillaire,
ne doivent pas être simplement jetés dans votre poubelle. Vous devez les
placer :
- soit dans une bouteille vide, en matière plastique (de préférence
à paroi épaisse, type Vichy ou Badoit, ou épaisse et opaque type Pepsi
Light Twist) munie d'un bouchon à vis, qui est utilisée jusqu'à ce
qu'elle soit remplie, puis que vous fermez avec son bouchon à vis,
- soit dans un container prévu pour recueillir les déchets médicaux
(containers fournis par certains laboratoires pharmaceutiques, par certaines sociétés
qui traitent les ordures ménagères, par les déchetteries de certaines
communes, ou par votre association de diabétiques).
• La bouteille en matière plastique, ou le container, ne doivent en principe
pas être placés dans votre poubelle, mais être amenés dans un
lieu de traitement des déchets médicaux ou être remis à un service
de collecte d'aiguilles. Malheureusement, ce que prévoit la loi ne peut que
très rarement être appliqué faute de services communaux acceptant
ce type de déchets.
![]()
|
Une ou plusieurs erreurs de technique
dans l'injection de l'insuline peuvent être à l'origine d'une instabilité glycémique |