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L'adaptation des doses d'insuline :
synthèse et points particuliers
Synthèse
| • | On ne modifie pas son alimentation en fonction de ses glycémies, ce sont les doses d'insuline qui doivent être modifiées en fonction des glycémies. |
| • | On modifie habituellement les doses par paliers de 2 unités car la précision de mesure de l'insuline est très nettement supérieure à celle de l'évaluation de la quantité de sucres apportée par l'alimentation, et à la quantité d'activité physique (sauf cas particulier, il n'est donc pas utile de modifier les doses par paliers de 1 seule unité). |
| • | Dans la majorité des cas, en l'absence de maladie (grippe, bronchite...) et de diabète instable vrai, il est préférable d'attendre un jour avant d'augmenter les doses, de manière à voir s'il y a confirmation de la tendance à la hausse (on augmente la dose s'il y a eu glycémie élevée deux jours de suite au même moment de la journée). Il est en effet assez fréquent que les élévations glycémiques d'un jour à l'autre (surtout en fin de journée) soient dues en fait à l'imprécision de l'évaluation de la richesse en glucides des repas, plutôt qu'à une modification des besoins en insuline. |
| • | Mais, dans tous les cas, s'il y a eu un malaise hypoglycémique la veille sans que l'on retrouve de cause, il ne faut pas attendre un jour supplémentaire pour diminuer la dose. |
| • | Après une hypoglycémie, les glycémies élevées des heures suivantes ne peuvent pas servir à l'adaptation des doses. |
| • | Pour adapter les doses, il faut partir du principe qu'une même dose d'insuline injectée la veille aura les mêmes effets aujourd'hui, si on aura la même alimentation et la même activité physique (adaptation prévisionnelle). |
| • | Il est également possible de mofidier les doses d'insuline en fonction d'événements qui vont avoir lieu (adaptation anticipatrice) ou en fonction de la glycémie que l'on vient de faire (adaptation correctrice) mais ces deux méthodes ne donnent pas de bons résultats lorsqu'elles sont utilisées sans adapter les doses au préalable par une adaptation prévisionnelle. |
| • | Il est important que l'adaptation des doses permette d'obtenir des glycémies cohérentes entre elles et reproductibles d'un jour à l'autre, plutôt que d'obtenir des passages en normoglycémie alternant avec des hypoglycémies ou des passages en hyperglycémie. |
Points particuliers
Hyperglycémie le matin à jeun
L'hyperglycémie le matin à jeun est habituellement due à une dose
d'insuline retard insuffisante ou à un malaise hypoglycémique qui a conduit
à se resucrer pendant la nuit.
Il existe également des causes plus rares, dont il faut discuter avec votre
médecin :
• Insuline retard d'action trop courte : L'insuline n'agit pas jusqu'au
lendemain matin. Il y a hyperglycémie tous les matins et l'augmentation de la
dose d'insuline entraîne des hypoglycémies pendant la nuit. L'utilisation
de la peau des cuisses pour faire les injections d'insuline retard du soir peut éventuellement
être utile car c'est à cet endroit que la libération de l'insuline
est la plus lente. On peut aussi envisager l'utilisation d'une insuline d'action
plus prolongée.
• Variabilité de la libération de l'insuline retard : Il peut
arriver que le profil de libération de l'insuline retard ne soit pas identique
chaque jour, avec pour conséquence une variabilité de la glycémie
à jeun. Un changement de type d'insuline peut éventuellement être
utile, ou un partage en une injection le matin et le soir de la dose d'une insuline
agissant 24 heures. L'utilisation d'une pompe à insuline est également
une solution intéressante.
• Phénomène du rebond : Hypoglycémie modérée
en fin de nuit, très progressivement installée, avec une réaction
de l'organisme faisant produire du sucre par le foie. Mais cette réaction a
été très douce, sans entraîner de malaise, ni votre réveil.
Il y a parfois, au réveil le lendemain matin, la sensation d'avoir passé
une mauvaise nuit, ou un mal de tête, ou la constatation d'avoir transpiré
pendant la nuit. Il est alors fréquent que l'on retrouve un événement
particulier s'étant produit la veille, et dont on n'a pas suffisamment tenu
compte (activité physique prolongée pendant l'après-midi par exemple).
• Phénomène de l'aube : Chez certains diabétiques, les
besoins en insuline sont plus importants en fin de nuit qu'en début de nuit
(il n'y a pas d'hypoglycémie ni de malaise hypoglycémique pendant la nuit,
et en fait tout se passe comme si l'organisme est moins sensible à l'insuline
en fin de nuit). La démonstration de cet état peut être faite en mesurant
plusieurs nuits de suite la glycémie entre 3 et 4 heures du matin : elle est
normale ou discrètement élevée, mais à une valeur nettement moins
importante que le lendemain matin au réveil, et ceci bien qu'il n'y ait pas
eu de prise de glucides (c'est le foie qui libère du sucre en fin de nuit).
La solution de ce type de situation peut être d'utiliser une pompe à insuline
programmée pour délivrer un taux de base plus important à partir de
4 heures du matin.
• Diabète instable vrai : Il peut exister une variabilité très
importante de la glycémie, le diabète paraissant alors se comporter «bizarrement»
ou «de façon incohérente» le matin à jeun, mais aussi pendant
la journée avec par exemple une glycémie à 4,00 g/l en fin d'après-midi,
puis à 0,30 g/l à la même heure le lendemain alors qu'il n'y a eu
aucun événement particulier pouvant en être responsable. Ce phénomène,
qui est lié au diabète lui-même, est d'autant plus fréquent que
le diabète est ancien. Dans ces cas, un schéma insulinique en multi-injections
permet de réagir au plus près des événements glycémiques.
L'utilisation d'une pompe à insuline est également une solution intéressante.
Ces cas sont rares. Votre médecin vous aidera à déterminer si vos
hyperglycémies à jeun, régulières ou occasionnelles, correspondent
à un de ces cas particuliers.
Hyperglycémie 1 h 30 après les repas
L'hyperglycémie 1h30 après les repas peut être combattue par différents
moyens.
Il faut tout d'abord que la glycémie avant le repas et la glycémie avant
le repas suivant (ou avant le coucher) soient correctes suite à l'adaptation
des doses d'insuline.
Lorsque c'est le cas, si vous constatez que votre glycémie 1h30 après un
repas est régulièrement très élevée (plus de 2 g/l), il
existe plusieurs solutions :
• Soit déplacer dans la journée, une partie des glucides de ce repas,
et augmenter si besoin la dose d'insuline couvrant la période où vous aurez
déplacé cette portion de glucides.
• Soit, si ce n'est pas déjà le cas, associer un peu d'insuline rapide
dans l'injection d'insuline retard. Une collation peut alors parfois être nécessaire
dans l'intervalle des deux repas.
• Soit, si vous utilisez déjà un mélange d'insulines rapide et
retard, augmenter la dose d'insuline rapide et prendre obligatoirement une collation
dans l'intervalle des deux repas.
Il faut cependant aussi prendre en compte des éléments suivants :
• La glycémie 1h30 après les repas dépend aussi de la quantité
d'aliments n'apportant pas de glucides. Les aliments non glucidiques, notamment les
fibres (crudités et légumes chauds) et les protéines (viande ou poisson),
contribuent en effet à limiter la rapidité et l'importance de l'élévation
de la glycémie après repas.
• Les ajustements de l'insuline ne peuvent que rarement «rattraper»
correctement les repas dont l'index glycémique est élevé.
Manger des crudités, des légumes chauds, de la viande ou du poisson, ainsi
que des laitages, à tous les repas, en plus des aliments glucidiques, est donc
une excellente habitude.
Glycémie basse avant de faire une injection
Si une injection d'insuline retard doit être réalisée
En cas de glycémie basse, sans malaise, avant une injection, il n'est pas utile
de baisser la dose d'insuline retard que l'on va s'injecter.
En effet, dans ce cas l'action de cette injection n'est pas immédiat et il y
a deux possibilités :
• Si l'injection sera suivie d'un repas, il suffit de faire l'injection juste
avant le repas au lieu d'attendre, comme il se doit, un certain temps entre l'injection
et le repas. Ceci permet à la glycémie de s'élever avant que l'insuline
ne commence à agir, et cela permet également d'éviter des répercussions
tardives d'une réduction inopportune de la dose d'insuline. En effet, il ne
faut pas oublier que modifier une dose d'insuline retard avant un repas en raison
de la glycémie que l'on vient de faire, reviendrait à réaliser une
adaptation correctrice avec de l'insuline retard, ce qui ne donne jamais de bons
résultats (plus de détails en cliquant ici). Avant
un repas, il n'est donc pas utile, et il est même souvent nuisible, de baisser
la dose d'une insuline retard parce que la glycémie que l'on vient faire est
basse.
• Si l'injection ne sera pas suivie d'un repas, c'est qu'il s'agit d'une insuline
retard que l'on réalise en soirée. Dans ce cas, il n'est pas non plus légitime
de baisser la dose d'insuline en raison de la glycémie que l'on vient de faire,
d'autant que s'il s'agit d'une insuline retard d'action prolongée (24 h) le
début d'effet de cette injection sera encore plus tardif que dans le cas précédent
(environ 2 à 3 heures). Il suffit simplement d'avaler une petite collation,
et de s'injecter la dose d'insuline prévue par l'adaptation prévisionnelle.
Si une injection d'insuline rapide doit être réalisée
Dans ce cas, c'est que l'on se trouve avant un repas, et ici également il suffit
d'avaler un peu de glucides pris sur le repas (une tranche de pain par exemple),
de déterminer la dose à injecter par l'adaptation prévisionnelle ou
anticipatrice (indépendamment du niveau de glycémie avant le repas), et
de se faire l'injection juste avant le repas.
Si on utilise un analogue rapide et si on a quelques
craintes, on peut exceptionnellement déplacer, à la fin du repas, la dose
prévue par l'adaptation prévisionnelle ou anticipatrice.
La seule circonstance où la dose d'insuline rapide à faire avant un repas
mérite éventuellement d'être diminuée, est une glycémie
basse dans un contexte d'activité physique importante et inhabituelle au cours
des heures précédentes. En effet, dans cette situation, il existe une réserve
basse en glycogène dans le foie et dans les muscles qui va se reconstituer au
cours des heures suivantes, ce qui constitue un facteur d'hypoglycémie. Dans
ce cas, il est légitime d'une part d'avaler des glucides, et d'autre part de
baisser un peu la dose s'il s'agit d'une insuline rapide (adaptation correctrice
de l'insuline rapide).
J'ai oublié de faire mon injection d'insuline !
Cette éventualité est rare, mais peut arriver.
On le remarque habituellement devant l'apparition d'une soif inhabituelle, ou devant
une glycémie anormalement élevée, ou en ouvrant son carnet d'autosurveillance
au moment de faire une nouvelle injection.
Que faire ?
Tout dépend du type d'insuline oubliée (rapide, 12 h, 24 h), du moment
où on constate l'oubli, et si on dispose ou non d'insuline rapide. Il est donc
difficile d'envisager tous les cas possibles.
Néanmoins, on peut donner des règles générales :
• Comme le contrôle glycémique de la journée ne sera pas aussi
satisfaisant que si l'injection n'avait pas été oubliée, il s'agit
essentiellement d'éviter la cétose et les hypoglycémies jusqu'à
ce que la situation soit rétablie.
• Le problème n'est pas uniquement de corriger l'hyperglycémie du
moment, mais aussi d'éviter que l'injection d'insuline que l'on va s'injecter
avec retard ait un effet qui se superpose à la prochaine injection qui, elle,
sera faite à l'heure prévue.
• Pour corriger une glycémie élevée suite à l'oubli d'une
injection, il vaut toujours mieux ajouter de l'insuline rapide plutôt que d'augmenter
la dose d'une injection d'insuline retard.
• Il ne sert à rien ne de pas s'alimenter, car cela est de nature à
favoriser le passage en cétose.
Traitement par 1 injection par jour
Oubli le matin
Insuline agissant 12 heures :
• Si oubli constaté à midi : injecter à ce moment 75 % de la
dose oubliée.
• Si oubli constaté le soir : injecter à ce moment 30 % de la dose
oubliée.
• Si oubli constaté le lendemain matin : faire l'injection du matin, à
sa dose habituelle ou majorée de 20 % si la glycémie à jeun n'est
pas satisfaisante.
Insuline agissant 24 heures :
• Si oubli constaté à midi : injecter à ce moment 100 % de la
dose oubliée.
• Si oubli constaté le soir : injecter à ce moment 50 % de la dose
oubliée.
• Si oubli constaté le lendemain matin : faire l'injection du matin, à
sa dose habituelle ou majorée de 20 % si la glycémie à jeun n'est
pas satisfaisante.
Oubli le soir
Insuline agissant 12 heures :
• Si oubli constaté le matin : injecter à ce moment 30 % de la dose
oubliée.
• Si oubli constaté à midi : attendre le soir pour faire l'injection
du soir, à sa dose habituelle ou majorée de 20 % si la glycémie à
ce moment n'est pas satisfaisante.
• Si oubli constaté le lendemain soir : faire l'injection du soir à
sa dose habituelle ou majorée de 20 % si la glycémie à ce moment n'est
pas satisfaisante.
Insuline agissant 24 heures :
• Si oubli constaté le matin : injecter à ce moment 50 % de la dose
oubliée.
• Si oubli constaté à midi : injecter à ce moment 100 % de la
dose oubliée, et ne pas faire l'injection du soir ce jour là.
• Si oubli constaté le lendemain soir : faire l'injection du soir à
sa dose habituelle ou majorée de 20 % si la glycémie à ce moment n'est
pas satisfaisante.
Traitement par 2 injections par jour
Oubli de l'insuline retard du matin
• Si oubli constaté dans la matinée : injecter à ce moment 75
% de la dose oubliée.
• Si oubli constaté à midi :
- soit injecter à ce moment de l'insuline rapide à 30 % de la dose oubliée,
et refaire la même injection 3 heures plus tard,
- soit, en l'absence d'insuline rapide, injecter à ce moment 75 % de la dose
oubliée,
• Si oubli constaté le soir :
- soit faire l'injection du soir à sa dose habituelle, ou en y ajoutant de l'insuline
rapide à 20 % de la dose oubliée si la glycémie à ce moment n'est
pas satisfaisante,
- soit, en l'absence d'insuline rapide, faire l'injection du soir, à sa dose
habituelle, ou majorée de 20 % si la glycémie à ce moment n'est pas
satisfaisante.
Oubli de l'insuline retard du soir
• Si oubli constaté au coucher : injecter à ce moment 75 % de la dose
oubliée.
• Si oubli constaté le lendemain matin :
- soit faire l'injection du matin à sa dose habituelle, ou en y ajoutant de
l'insuline rapide à 20 % de la dose oubliée si la glycémie à
jeun n'est pas satisfaisante,
- soit, en l'absence d'insuline rapide, faire l'injection du matin, à sa dose
habituelle, ou majorée de 20 % si la glycémie à jeun n'est pas satisfaisante.
Traitement par plus de 2 injections par jour
Oubli de l'insuline rapide avant un repas
• Si oubli constaté juste après le repas : faire l'injection juste
après ce repas.
• Si oubli constaté dans l'intervalle de deux repas : injecter à ce
moment 50 % de la dose oubliée.
• Si oubli constaté au coucher : injecter à ce moment 30 % de la dose
oubliée si la glycémie à ce moment n'est pas satisfasante.
Oubli de l'insuline retard le soir
Insuline agissant 12 heures :
• Si oubli constaté au coucher : injecter à ce moment 75 % de la dose
oubliée.
• Si oubli constaté le lendemain matin : injecter l'insuline retard à
50 % de la dose oubliée, en même temps que la dose d'insuline rapide avant
le petit déjeuner.
Insuline agissant 24 heures :
• Si oubli constaté au coucher : injecter à ce moment 100 % de la
dose oubliée.
• Si oubli constaté le lendemain matin : injecter l'insuline retard à
50 % de la dose oubliée, en même temps que la dose d'insuline rapide avant
le petit déjeuner.
En cas d'incertitude, vous pouvez également téléphoner à votre
médecin.
Je n'ai plus de seringue ou d'aiguille !
Si vous n'avez plus de seringue, ou d'aiguille pour votre stylo, vous pouvez exceptionnellement
utiliser la même seringue, ou la même aiguille, pour une ou deux injections
supplémentaires.
S'il fait très chaud, cette seringue peut être conservée au réfrigérateur
dans l'intervalle des injections.
Inutile de courir le dimanche matin à la recherche de la pharmacie de garde !
Un bon conseil : faites vous prescrire un paquet de seringues supplémentaires,
ou mettez de côté une vingtaine d'aiguilles, que vous rangerez dans un
endroit particulier et que vous n'utiliserez que si votre réserve habituelle
est épuisée.