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L'adaptation correctrice des doses d'insuline
L'adaptation correctrice est une méthode complémentaire de l'adaptation
prévisionnelle des doses d'insuline.
Principe
Elle consiste à modifier la dose d'insuline que l'on va s'injecter pour corriger
la glycémie que l'on vient de faire.
C'est probablement la méthode qui vient à l'esprit le plus spontanément.
En effet, quoi de plus logique, en apparence, que de se dire «Je constate que
ma glycémie est élevée, alors je vais m'injecter une dose d'insuline
un peu plus forte afin de faire baisser cette glycémie» ou encore «Je
constate que ma glycémie est basse, alors je vais m'injecter une dose d'insuline
plus faible afin de ne pas risquer une hypoglycémie».
Malheureusement, ce raisonnement n'est pas applicable sans de sérieuses restrictions :
• Premièrement, c'est oublier que l'insuline n'est normalement pas une
hormone hypoglycémiante, mais une hormone
antihyperglycémiante. En effet, l'insuline n'est jamais fabriquée par
un pancréas pour faire baisser une glycémie élevée, mais elle
est fabriquée de manière préventive de façon à éviter
que la glycémie ne s'élève.
• Deuxièmement, une adaptation des doses qui serait uniquement basée
sur le principe de ramener à la normale des glycémies élevées,
conduirait au final à un temps très important passé en hyperglycémie
nocive pour les artères (on a toujours un temps de retard avec ce type d'adaptation).
• Troisièmement, si ce type d'adaptation était appliqué à
l'insuline retard, cela ne permettrait pas d'obtenir des glycémies satisfaisantes.
En effet, réfléchissons un peu :
- si la glycémie à jeun est élevée et que l'on augmente la dose
d'insuline retard du matin, la glycémie avant dîner sera plus basse, et
alors de deux choses l'une :
. soit on baissera la dose d'insuline retard du soir pour ne pas risquer une hypoglycémie
nocturne, ce qui conduira à une glycémie à jeun encore plus élevée,
. soit on ne baissera pas la dose d'insuline retard du soir, et il y aura alors toutes
chances de se retrouver dans la même situation que la veille avec une glycémie
à jeun toujours élevée,
- si la glycémie avant dîner est élevée et que l'on augmente
la dose d'insuline retard du soir, la glycémie à jeun du lendemain matin
sera plus basse, et alors de deux choses l'une :
. soit on baissera la dose d'insuline retard du matin pour ne pas risquer une hypoglycémie,
ce qui conduira à une glycémie avant dîner encore plus élevée,
. soit on ne baissera pas la dose d'insuline retard du matin, et il y aura alors
toutes chances de se retrouver dans la même situation que la veille avec une
glycémie avant dîner toujours élevée.
L'adaptation correctrice nécessite donc des conditions précises d'utilisation
:
• Elle ne doit concerner que l'insuline rapide, afin de ne pas entraîner
de répercussions tardives.
• Elle ne doit jamais être utilisée seule, mais toujours en
complément des adaptations prévisionnelle et anticipatrice, lorsque celles-ci
n'ont pas permis d'obtenir le résultat glycémique souhaité (elle n'est
en effet qu'une possibilité de correction a posteriori d'une hyperglycémie
que l'on n'a pas pu éviter).
Carnet d'autocontrôle
Comme l'adaptation correctrice est une adaptation «en dernier recours»
qui a toujours «un temps de retard par rapport à ce qu'il aurait fallu
faire», il est souhaitable, lorsqu'on a réalisé une adaptation correctrice,
de répondre à la question suivante : l'adaptation correctrice que j'ai
réalisée aujourd'hui aurait-elle pu être évitée par une
adaptation prévisionnelle ou anticipatrice ?
ce qui aurait eu l'avantage de ne pas me faire passer une partie de la journée
en hyperglycémie avant que je réalise l'adaptation correctrice.
Autrement dit, l'adaptation correctrice est une «bonne chose» sur le moment,
mais il faut également tirer profit des informations qu'elle apporte :
• si l'adaptation correctrice a été nécessaire par suite d'une
adaptation prévisionnelle qui n'a pas été faite, il faut que je fasse
cette adaptation prévisionnelle dès le lendemain,
• si l'adaptation correctrice a été nécessaire par suite d'une
adaptation anticipatrice qui n'a pas été faite, il faut que je réalise
cette adaptation anticipatrice la prochaine fois que je me retrouverai dans une situation
identique.
Les adaptations correctrices sont donc à faire quand il le faut, mais l'idéal
serait d'avoir à en réaliser le moins souvent possible par suite d'une
adaptation prévisionnelle et anticipatrice bien conduite.
Exemples d'adaptations correctrices :
• Ma glycémie avant dîner est à 1,95 g/l, ce qui n'est pas étonnant
étant donné la petite fête qui a eu lieu au bureau vers 17 h à
l'occasion du départ à la retraite d'un collègue. Pour l'insuline
retard du soir, l'adaptation prévisionnelle m'indique que je dois m'injecter
2 unités de moins que la veille. C'est donc ce que je vais faire (adaptation
prévisionnelle), mais comme je souhaite que ma glycémie avant le coucher
soit normale, je m'injecte en plus un supplément de 4 unités d'insuline
rapide (adaptation correctrice). Par ailleurs, pour éviter de me retrouver dans
cette situation, je ferai bien de m'injecter un peu d'insuline rapide lorsque je
mange en dehors des repas (adaptation anticipatrice).
• Ma glycémie avant le déjeuner est à 1,48 g/l sans explication
plausible, et ce n'est pas une hyperglycémie réactionnelle à une hypoglycémie
dans la matinée. Pour l'insuline rapide de midi, l'adaptation prévisionnelle
m'indique que je dois m'injecter la même dose que la veille, mais comme la glycémie
avant midi est élevée, je majore la dose d'insuline rapide de 2 unités
avant le déjeuner.
• Ma glycémie à jeun est à 1,52 g/l sans explication plausible,
et ce n'est pas une hyperglycémie réactionnelle à une hypoglycémie
nocturne. Pour l'insuline rapide du matin, l'adaptation prévisionnelle m'indique
que je dois m'injecter 2 unités de moins que la veille car j'avais fait une
hypoglycémie la veille dans la matinée. Je vais donc en fait m'injecter
la même dose que la veille, ce qui permettra de corriger cette hyperglycémie.
Vous avez peut-être remarqué qu'il n'a pas été fait mention dans
ces exemples de la possibilité de baisser la dose d'insuline rapide pour réaliser
une adaptation correctrice, alors que cette possibilité avait été
détaillée pour les adaptations prévisionnelle et anticipatrice.
C'est en effet rare qu'il soit utile de baisser une dose d'insuline rapide avant
un repas en raison de la glycémie faite avant ce repas.
Ce peut être le cas si une activité physique importante et inopinée
a eu lieu avant le repas, et a conduit à un malaise hypoglycémique sévère
juste avant le repas. Par contre, si la glycémie avant le repas est simplement
un peu basse, sans symptômes, et qu'il n'y a pas eu de cause d'hypoglycémie
dans les heures précédentes, il n'est habituellement pas souhaitable de
baisser la dose d'insuline rapide prévue pour le repas. Ceci pour les raisons
suivantes :
• Si c'est l'heure d'une injection d'insuline rapide avant un repas, l'insuline
que l'on va s'injecter est à une dose qui est prévue pour «s'occuper
du repas», c'est-à-dire qu'elle a pour rôle de permettre une montée
de glycémie ne dépassant pas 0,50 à 0,60 g/l en plus de ce qu'elle
était avant le repas. Par conséquent, si le repas est pris comme normalement,
la glycémie va de toute façon avoir tendance à monter même si
on s'injecte la dose prévue d'insuline rapide.
• Si par contre, on baisse la dose d'insuline rapide avant le repas par crainte
d'une hypoglycémie bien que l'on va manger, le résultat sera une hyperglycémie
après le repas.
Le plus simple est donc :
• d'avaler un peu de glucides pris sur le repas (une tranche de pain par exemple),
• de déterminer la dose à injecter par l'adaptation prévisionnelle
ou anticipatrice (indépendamment du niveau de glycémie avant le repas),
• et de se faire l'injection d'insuline rapide juste avant le repas au lieu
d'attendre, comme il se doit, un certain temps entre l'injection et le début
du repas (si on utilise un analogue rapide et si on
a quelques craintes, on peut exceptionnellement déplacer, à la fin du repas,
la dose prévue).
Adaptation prévisionnelle puis anticipatrice puis correctrice
L'adaptation correctrice étant «une bonne chose mais un dernier recours
qui a toujours un temps de retard par rapport à ce qu'il aurait fallu faire»,
on ne peut l'envisager qu'après avoir mis en oeuvre les adaptations prévisionnelle
et anticipatrice.
L'adaptation des doses d'insuline doit donc passer par trois phases :
1) Que commande l'adaptation prévisionnelle (AP) ?
2) Y a-t-il une adaptation anticipatrice (AA) à réaliser ? et que commande-t-elle
?
3) Y a-t-il une adaptation correctrice (AC) à envisager ? par modification d'une
dose prévue d'insuline rapide ou par réalisation d'une injection supplémentaire
d'insuline rapide.
Par exemple :
1) Glycémie à jeun ce matin à 0,63 g/l => AP => 18-2 d'insuline
retard ce soir
2) Soirée pizza => AA => ajout de 4 unités d'insuline rapide avec
l'insuline retard ce soir
3) Glycémie 1,97 g/l avant le dîner => AC => ajout de 6 unités
au lieu de 4, d'insuline rapide.
1) Glycémie à jeun ce matin à 1,53 g/l qui confirme 1,47 g/l d'hier
matin à jeun => AP = 26+2 d'insuline retard ce soir
2) Dîner léger => AA => 4 unités de moins pour l'insuline rapide
avant le dîner.
3) Glycémie 1,89 g/l avant le dîner léger => AC => seulement
2 unités de moins pour l'insuline rapide avant dîner.
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L'adaptation doit d'abord être prévisionnelle |
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Toujours trois étapes 1) Que commande l'adaptation prévisionnelle ? |
Diabète instable
Après un certain temps de diabète (parfois moins d'une année chez
l'enfant, habituellement après une vingtaine d'années chez l'adulte) il
arrive que les glycémies deviennent totalement anarchiques et l'existence d'hypoglycémies
inopinées incite à rester à une dose en dessous des besoins réels,
destinée à essayer de les éviter, bien que ces hypoglycémies
ne dépendent pas des doses d'insuline que l'on a injectées au cours des
heures qui précèdent ces hypoglycémies.
Et plutôt que de rester avec un fond de glycémies plutôt élevées
sur lequel se greffent des pics hyperglycémiques, on est tenté de corriger
ces pics hyperglycémiques en injectant un supplément d'insuline rapide
lorsqu'on les constate.
Le risque de cette façon de procéder est d'induire une hypoglycémie
à la suite de ces suppléments d'insuline, avec pour conséquence une
hyperglycémie réactionnelle dans
les heures suivantes... que l'on cherchera à nouveau à corriger... ce qui
conduira à de nouvelles hypoglycémies...
Il se pose donc la question de l'importance de la dose d'insuline rapide à injecter
pour corriger ces hyperglycémies. Chaque personne est un cas particulier mais
on peut néanmoins adopter comme protocole de départ qu'une unité d'insuline
fera baisser la glycémie deux heures plus tard d'un nombre de mg/dl égal
au calcul :
|
où DQ est la dose quotidienne en unités.
Par exemple, si la dose quotidienne est de 50 unités
(total des injections habituelles de rapide et de retard de la journée) on peut
estimer qu'une unité d'insuline rapide fera baisser la glycémie de 1500 / 50 = 30 mg/dl, et par conséquent
si la glycémie est par exemple à 2,50 g/l, l'injection
de 4 unités abaissera deux heures plus tard la glycémie
à 2,50 - (4 x 0,30) = 1,30 g/l, ceci bien entendu sous
réserve que l'on ne soit pas en situation de diabète
décompensé (présence d'acétone) auquel cas les doses nécessaires
sont bien plus importantes, et en l'absence de repas.
|
Si la dose |
20 U |
1 unité |
75 mg/dl |
2 heures |
||||
|
30 U |
50 mg/dl |
|||||||
|
40 U |
37 mg/dl |
|||||||
|
50 U |
30 mg/dl |
|||||||
|
60 U |
25 mg/dl |
|||||||
|
70 U |
22 mg/dl |
|||||||
|
80 U |
19 mg/dl |
|||||||
|
90 U |
17 mg/dl |
|||||||
| 100 U |
15 mg/dl |
Cette règle peut être tranformée pour estimer la dose d'insuline qui
abaisserait la glycémie à 1,50 mg/dl deux heures
plus tard :
|
où G est la glycémie du moment en mg/dl et DQ est la dose quotidienne en
unités.
|
Si la |
525 mg/dl |
DQ / 4 U |
abaisse la glycémie |
|||
|
450 mg/dl |
DQ / 5 U |
|||||
|
400 mg/dl |
DQ / 6 U |
|||||
|
300 mg/dl |
DQ / 10 U |
|||||
|
200 mg/dl |
DQ / 30 U |
De façon plus schématique, entre 300 et 450 mg/dl
la dose d'insuline rapide à utiliser pour amener la glycémie à 1,50 mg/dl est comprise entre 1/10 et 1/5 de la dose quotidienne
d'insuline. Par exemple, si la dose quotidienne est de 50 unités,
la dose d'insuline rapide est comprise entre 5 unités à 300 mg/dl
et 10 unités à 450 mg/dl,
sous réserve que l'on ne soit pas en situation de diabète
décompensé (présence d'acétone)
En cas de repas, la dose habituelle d'insuline rapide avant ce repas peut être
majorée selon le même principe. Par exemple, si la dose quotidienne est
de 50 unités, si la glycémie avant repas est à 2,50 g/l
et que la dose habituelle de rapide avant ce repas est de 7 unités, l'injection
de 7 + 4 = 11 unités amènerait théoriquement la
glycémie postprandiale à 2,50 - (4 x 0,30) = 1,30 g/l
majorée de l'ascension glycémique liée au repas mais diminuée
de la part importante de glucides du repas qui passe rapidement dans les urines à
ce niveau de glycémie. Par exemple si la dose de 7 unités amenait habituellement
à une ascension glycémique postprandiale normale (par exemple 0,90 ->
1,40, soit une ascension de 0,50) il faut s'attendre à aboutir à une glycémie
postprandiale entre 1,30 g/l et 1,30 + 0,50 = 1,80 g/l, mais plus proche de 1,30 g/l
que de 1,80 g/l.
Attention, ceci n'est cependant qu'une base de départ qui doit être modulée
en fonction de chaque personne car cette façon de procéder est «mieux
que rien» en cas de diabète instable vrai, mais lorsque l'on n'a pas un
authentique diabète instable elle donne toujours de bien moins bons résultats
que l'adaptation prévisionnelle. Il est
donc indispensable d'en discuter auparavant avec son diabétologue afin de savoir
si cette façon de procéder est légitime, et fixer les modalités
de calcul des doses des suppléments d'insuline.
Cet algorithme de correction immédiate peut également être utilisé
par les personnes traitées avec une pompe à insuline.