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L'adaptation prévisionnelle des doses d'insuline
L'adaptation prévisionnelle est la méthode de base de l'adaptation
des doses d'insuline.
Elle consiste à regarder quel a été l'effet de la dose injectée
la veille à la même heure, pour prévoir l'effet qu'elle aura aujourd'hui.
On en déduit :
• soit qu'il faut garder la même dose si la glycémie de fin d'action
de cette dose avait été correcte,
• soit qu'il faut la modifier, en plus ou en moins, si la glycémie de fin
d'action avait été trop élevée ou trop basse.
L'adaptation prévisionnelle doit toujours être utilisée même
si on adapte également les doses de façon anticipatrice (modification
la dose que l'on va s'injecter en fonction des événements prévus pour
les heures suivantes) ou de façon correctrice (modification la dose que
l'on va s'injecter en fonction de la glycémie que l'on vient de faire).
Pourquoi l'adaptation prévisionnelle est-elle indispensable ?
L'adaptation prévisionnelle est indispensable car les adaptations
anticipatrice et correctrice ne permettent pas d'obtenir un bon contrôle glycémique
lorsqu'elles sont utilisées seules, quels que soient le nombre d'injections
et les insulines utilisées.
Premier exemple : traitement par deux injections
Avec une injection, le matin à jeun et le soir avant le dîner, d'une insuline
agissant 12 heures :
• la glycémie le matin à jeun est le témoin de l'action de l'insuline
du soir,
• la glycémie avant le dîner est le témoin de l'action de l'insuline
du matin.
Par conséquent :
• si la glycémie le matin à jeun est élevée, c'est que la
dose du soir n'était pas suffisante, et c'est donc la dose du soir qui doit
être augmentée, et non la dose du matin,
• si la glycémie avant le dîner est élevée, c'est que la
dose du matin n'était pas suffisante, et c'est donc la dose du matin qui doit
être augmentée, et non la dose du soir.
En effet :
• si on augmentait la dose d'insuline retard du matin parce que la glycémie
à jeun que l'on vient de faire est élevée, cela entraînerait
une glycémie avant le repas du soir qui serait plus basse, et alors de deux
choses l'une :
- soit on baissera la dose d'insuline retard du soir pour ne pas risquer une hypoglycémie
nocturne, ce qui conduira à une glycémie à jeun encore plus élevée,
- soit on ne baissera pas la dose d'insuline retard du soir, et il y aura alors toutes
chances de se retrouver dans la même situation que la veille avec une glycémie
à jeun toujours élevée,
• si on augmentait la dose d'insuline retard du soir parce que la glycémie
avant dîner que l'on vient de faire est élevée, cela entraînerait
une glycémie le lendemain à jeun qui serait plus basse, et alors de deux
choses l'une :
- soit on baissera la dose d'insuline retard du matin pour ne pas risquer une hypoglycémie,
ce qui conduira à une glycémie avant dîner encore plus élevée,
- soit on ne baissera pas la dose d'insuline retard du matin, et il y aura alors
toutes chances de se retrouver dans la même situation que la veille avec une
glycémie avant dîner toujours élevée.
Par contre :
• si on augmente la dose d'insuline retard du matin parce que la glycémie
de la veille au soir était élevée, cela entraînera une glycémie
avant le repas du soir qui sera moins élevée,
• si on augmente la dose d'insuline retard du soir parce que la glycémie
du matin à jeun était élevée, cela entraînera une glycémie
le lendemain matin qui sera moins élevée.
Les mêmes raisonnements peuvent être faits pour les diminutions des doses.
Autrement dit, la glycémie qui sert à adapter la dose d'insuline que
l'on va s'injecter est la glycémie de fin d'action de cette insuline :
• la dose du matin à jeun d'une insuline agissant 12 heures doit être
adaptée selon la glycémie de la veille au soir avant le dîner,
• la dose du soir avant le dîner d'une insuline agissant 12 heures doit
être adaptée selon la glycémie du matin à jeun.
Deuxième exemple : traitement par quatre injections
Avec une injection d'insuline rapide faite avant les trois repas et une injection
d'insuline retard faite le soir au coucher :
• la glycémie avant le petit déjeuner est le témoin de l'action
de l'insuline retard du soir,
• la glycémie avant le déjeuner est le témoin de l'action de
l'insuline rapide du matin,
• la glycémie avant le dîner est le témoin de l'action de l'insuline
rapide de midi,
• la glycémie avant le coucher est le témoin de l'action de l'insuline
rapide du soir.
Par conséquent :
• si la glycémie avant le petit déjeuner est élevée, c'est
que la dose d'insuline retard du coucher n'était pas suffisante, et la dose
du coucher devra donc être augmentée,
• si la glycémie à midi est élevée, c'est que la dose du
matin n'était pas suffisante, et la dose du lendemain matin devra donc être
augmentée,
• si la glycémie avant le dîner est élevée, c'est que la
dose de midi n'était pas suffisante, et la dose du lendemain midi devra donc
être augmentée,
• si la glycémie au coucher est élevée, c'est que la dose d'insuline
rapide du soir n'était pas suffisante, et la dose du lendemain soir avant dîner
devra donc être augmentée.
Bien entendu, dans un schéma comme celui-ci, utilisant de l'insuline rapide,
on peut aussi augmenter la dose d'insuline rapide que l'on va s'injecter si la glycémie
que l'on vient de mesurer est élevée (et il s'agit alors d'une adaptation
correctrice) mais il faut bien comprendre que cette augmentation correctrice de la
dose d'insuline ne dispense aucunement de l'adaptation prévisionnelle des doses
d'insuline.
En effet :
• si partant du principe que la glycémie du matin à jeun est élevée,
on augmente seulement la dose d'insuline rapide du matin, on corrigera l'hyperglycémie
du moment, mais on se retrouvera à nouveau le lendemain avec une glycémie
élevée le matin à jeun, faute d'avoir augmenté l'insuline retard
du soir,
• si partant du principe que la glycémie de midi est élevée,
on augmente seulement la dose d'insuline rapide de midi, on corrigera l'hyperglycémie
du moment, mais on se retrouvera à nouveau le lendemain avec une glycémie
élevée avant le repas de midi, faute d'avoir augmenté l'insuline rapide
du matin,
• si partant du principe que la glycémie avant le dîner est élevée,
on augmente seulement la dose d'insuline rapide avant le dîner, on corrigera
l'hyperglycémie du moment, mais on se retrouvera à nouveau le lendemain
avec une glycémie élevée avant le dîner, faute d'avoir augmenté
l'insuline rapide de midi,
• si partant du principe que la glycémie avant le coucher est élevée,
on augmente seulement la dose d'insuline retard avant le coucher, on corrigera l'hyperglycémie
du moment, mais on se retrouvera à nouveau le lendemain avec une glycémie
élevée avant le coucher, faute d'avoir augmenté l'insuline rapide
du soir.
Le principe général, énoncé à propos du premier exemple,
est donc à nouveau vérifié ici : la glycémie qui sert à
adapter la dose d'insuline que l'on va s'injecter est la glycémie de fin d'action
de cette insuline :
• la dose d'une insuline rapide avant le petit déjeuner doit être
adaptée selon la glycémie de la veille avant le déjeuner,
• la dose d'une insuline rapide avant le déjeuner doit être adaptée
selon la glycémie de la veille avant le dîner,
• la dose d'une insuline rapide avant le dîner doit être adaptée
selon la glycémie de la veille avant le coucher,
• la dose d'une insuline retard avant le coucher doit être adaptée
selon la glycémie du matin à jeun.
Et ceci, même si on réalise également une modification de la dose
d'insuline que l'on s'injecte en fonction de la glycémie que l'on vient de mesurer
(adaptation correctrice).
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La dose d'insuline que l'on va s'injecter est à adapter selon la glycémie de fin d'action de cette insuline |
Faut-il adapter chaque dose chaque jour ?
C'est-à-dire, faut-il modifier chaque dose d'insuline, chaque jour, si les glycémies
de fin d'action de chaque dose n'avaient pas été satisfaisantes la veille
?
Cette question mérite légitimement d'être posée car les variations
glycémiques d'un jour sur l'autre, surtout en fin de journée, sont assez
fréquentes :
• du fait de l'imprécision de la richesse en glucides des repas, de la
variabilité de l'activité physique, du contexte émotionnel chez certaines
personnes, de la possible variabilité de la libération de l'insuline injectée
sous la peau...
• et non pas obligatoirement du fait d'une modification des besoins en insuline.
D'autre part, certaines journées peuvent avoir été tout à fait
particulières du fait, par exemple, d'un repas de fêtes, d'une collation
inhabituelle, d'une activité physique inopinée, de contrariétés...
La stratégie à adopter est très simple,
et peut être résumée en trois points :
Si la journée d'hier avait comporté une cause aisément identifiable
comme un repas de fêtes, la prise inhabituelle d'un goûter en fin d'après-midi,
une activité physique inopinée, une forte contrariété... il est
facile d'identifier que les glycémies ne traduisent pas une modification des
besoins en insuline et qu'elles ne doivent donc pas entraîner une modification
des doses d'insuline étant donné que cet événement inhabituel
ne se reproduira pas le lendemain.
Par exemple :
• Si la glycémie avant le dîner était élevée hier par
suite d'un repas de fêtes à midi, la dose d'insuline couvrant le repas
de midi (insuline retard du matin ou insuline rapide de midi) ne doit pas être
majorée si on aura aujourd'hui un repas de midi habituel.
• Même raisonnement si la glycémie avant dîner était élevée
hier par la prise inhabituelle d'un goûter en fin d'après-midi, qui ne
se reproduira pas aujourd'hui.
• Si on a fait une hypoglycémie hier en fin d'après-midi après
une activité physique inopinée, il ne faut pas baisser la dose d'insuline
couvrant l'après-midi si on n'aura pas d'activité physique cet après-midi.
• Si on a fait une hypoglycémie pendant la nuit après une activité
physique inopinée dans l'après-midi ou en soirée, il ne faut pas baisser
la dose d'insuline couvrant la nuit si on n'a pas eu d'activité physique cet
après-midi et si on n'en aura pas en soirée.
Par contre, il y a lieu de réfléchir à ce qu'il aurait éventuellement
été possible de faire, de façon préventive, pour que l'événement
responsable n'entraîne pas de répercussions glycémiques fâcheuses.
Par exemple, lors d'un prochain repas de fêtes, petite majoration de la dose
d'insuline retard, ou petit supplément d'insuline rapide avant ce repas (adaptation
anticipatrice).
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En cas d'hyperglycémie ou d'hypoglycémie explicables par une cause aisément identifiable il n'y a pas lieu de modifier la dose |
S'il y a eu un malaise hypoglycémique non expliqué hier (repas comme
à l'accoutumée, pas d'activité physique particulière, pas de
problème au niveau de l'injection d'insuline couvrant la période où
s'est produite l'hypoglycémie...) il est par contre nécessaire de baisser
la dose d'insuline qui couvrira la période où le malaise hypoglycémique
est survenu hier.
Remarque : En cas de malaise hypoglycémique franc, il est normal qu'il y ait
une hyperglycémie réactionnelle
dans les heures suivantes. Il faut alors tenir compte du malaise hypoglycémique
dans l'adaptation des doses, et non de cette hyperglycémie réactionnelle.
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En cas d'hypoglycémie inexpliquée |
Si la glycémie de fin d'action de l'insuline n'était pas satisfaisante
et que la journée d'hier n'apporte pas d'explications, il faut alors regarder
comment était la glycémie de fin d'action de l'insuline d'avant-hier :
• si cette glycémie était satisfaisante, il ne faut pas modifier la
dose d'insuline,
• par contre, si cette glycémie n'était déjà pas satisfaisante,
il n'y a pas de doute, la tendance est à la hausse, et il faut alors augmenter
la dose d'insuline.
Autrement dit :
• si la glycémie de fin d'action de l'insuline de la veille confirme la
tendance à la hausse, il faut augmenter la dose,
• si la glycémie de fin d'action de l'insuline de la veille n'est pas satisfaisante
mais ne confirme pas une tendance à la hausse, il est préférable de
ne pas augmenter la dose.
Par exemple :
• Le matin pour une injection d'une insuline agissant 12 heures, si la glycémie
était à 1,75 g/l hier avant le dîner et à 1,68 g/l avant-hier
avant le dîner, il faut majorer ce matin la dose de 2 unités. Par contre,
si la glycémie était à 1,75 g/l hier avant le dîner et à
0,82 g/l avant-hier avant le dîner, le plus sage est d'attendre demain matin
pour éventuellement majorer la dose du matin si la glycémie ce soir avant
le dîner confirme la tendance à la hausse.
• Le matin pour une injection d'insuline rapide, si la glycémie était
à 1,45 g/l hier avant le déjeuner et à 1,53 g/l avant-hier avant le
déjeuner, il faut majorer ce matin la dose de 2 unités. Par contre, si
la glycémie était à 1,45 g/l hier avant le déjeuner et à
0,76 g/l avant-hier avant le déjeuner, le plus sage est d'attendre demain matin
pour éventuellement majorer la dose du matin si la glycémie aujourd'hui
avant le déjeuner confirme la tendance à la hausse.
• Le soir pour une injection d'insuline rapide avant le dîner, si la glycémie
était à 1,45 g/l hier avant le coucher et à 1,53 g/l avant-hier avant
le coucher, il faut majorer ce soir la dose de 2 unités. Par contre, si la glycémie
était à 1,45 g/l hier avant le coucher et à 0,76 g/l avant-hier avant
le coucher, le plus sage est d'attendre demain soir pour éventuellement majorer
la dose d'insuline rapide du soir si la glycémie aujourd'hui avant le coucher
confirme la tendance à la hausse.
• Le soir pour une injection d'une insuline agissant 12 heures, si la glycémie
était à 1,53 g/l ce matin et à 1,42 g/l hier matin, il faut majorer
ce soir la dose de 2 unités. Par contre, si la glycémie était à
1,53 g/l ce matin et à 0,93 g/l hier matin, le plus sage est d'attendre demain
soir pour éventuellement majorer la dose du soir si la glycémie demain
matin confirme la tendance à la hausse.
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En cas d'hyperglycémie inexpliquée on augmente la dose s'il y a confirmation de la tendance |
Comment faire en pratique ?
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Avant de faire chaque injection
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L'énoncé de ces règles d'adaptation peut paraître fastidieux,
mais en fait c'est beaucoup plus long à lire qu'à comprendre et à
retenir, car ces règles relèvent du simple bon sens :
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On regarde quel a été l'effet de l'injection
réalisée la veille à la même heure
|
Dans les pages suivantes se trouvent des exemples d'adaptation prévisionnelle
avec un traitement par deux injections ou quatre injections, mais l'adaptation des
traitements comportant un nombre différent d'injections, ou des mélanges
d'insulines, repose sur les mêmes principes.