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Le diagnostic du diabète
Les symptômes
Le diabète entraîne une élévation de la glycémie, c'est-à-dire
du taux de sucre dans le sang.
Elle s'élève généralement brutalement (quelques jours ou semaines)
lors de l'apparition d'un diabète de type 1 (DT1)
et progressivement (plusieurs années) lors de l'apparition d'un diabète
de type 2 (DT2).
Lorsque la glycémie est franchement élevée, cela entraîne des
urines abondantes, une soif, une fatigue... mais lorsqu'elle n'est pas franchement
élevée il n'y a pas de fatigue, ni soif, ni urines abondantes.
Cependant, toute élévation anormale de la glycémie abîme les
artères et les nerfs, ce qui est à l'origine de la constitution de complications
de façon progressive et sans symptômes.
Le diabète est donc une affection particulièrement insidieuse et perverse
car il peut ne pas y avoir de symptômes pendant de très nombreuses années,
et lorsque les symptômes apparaissent ce sont ceux des complications.
L'expression «Je n'ai pas de symptômes, donc je ne suis pas malade»
est donc complètement fausse, mais l'expression «On peut parfaitement avoir
du diabète depuis de nombreuses années sans le savoir» est parfaitement
exacte, et faute d'un dépistage correct une complication est déjà
présente au moment du diagnostic de diabète dans 10 à 30 % des cas
selon les études.
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On peut parfaitement avoir du diabète depuis de nombreuses années sans le savoir |
Le dépistage
Le diabète de type 1 ne pose pas de problème de dépistage car la glycémie
s'élève de façon brutale et il y a des symptômes évidents.
Ce n'est par contre pas le cas du diabète de type 2 où le diabète
est souvent diagnostiqué avec beaucoup de retard en raison de l'absence
de symptômes.
On estime qu'actuellement il y a un délai moyen de sept années entre
le moment où la glycémie pourrait permettre le diagnostic de diabète
et le moment où le diabète est effectivement diagnostiqué.
A défaut de dépistage systématique et répété dans toute
la population, il apparaît logique de faire bénéficier d'un dépistage
les individus les plus à risque :
• familles où il y a des cas connus de diabète (près de 80 %
des diabétiques de type 2 ont une hérédité diabétique connue
ou méconnue),
• homme ou femme, ayant un excès de poids, défini par un indice
de masse corporelle supérieur à 25 (un peu plus de 50 % des hommes
et 70 % des femmes ayant un diabète de type 2 ont un excès de poids),
• femmes, et leurs apparentés génétiques, ayant eu transitoirement
du diabète pendant une grossesse (diabète gestationnel),
ou ayant donné naissance à des enfants de plus de 4 kg et/ou ayant des
antécédents obstétricaux
évocateurs d'une hérédité diabétique),
• sujets de plus de 45 ans (la fréquence du diabète de type 2 augmente
rapidement à partir de 45 ans pour culminer entre 55 et 75 ans).
Le dépistage est basé sur la glycémie à jeun au laboratoire,
sauf pendant la grossesse où un test particulier
est nécessaire.
Il n'y a pas de recommandations françaises sur les modalités de dépistage,
mais aux Etats-Unis l'ADA (American Diabetes Association) recommande un dépistage
tous les trois ans :
• chez les personnes de 20 à 44 ans ayant un poids élevé et sédentaires,
• chez les personnes de 45 à 64 ans ayant un poids élevé ou sédentaires,
• chez les personnes de plus de 65 ans ayant un poids élevé, ou un
parent de premier degré diabétique de type 2, ou chez les femmes ayant
mis au monde un bébé de plus de 4 kg.
Ces critères sélectionneraient 31 % de la population générale
chez qui le dépistage aurait le plus de chances d'être positif, ce qui
serait une grosse économie par rapport au dépistage systématique chez
tous les individus, mais la sensibilité de ces critères ne serait que de
79 %, ce qui signifie que 21 % des diabétiques vrais échapperaient néanmoins
au dépistage. Toutefois, les diabétiques qui ne sont pas obèses ni
sédentaires ont probablement un risque cardiovasculaire moins important.
A partir de quel niveau de glycémie y a-t-il un diabète ?
Jusqu'en 1998
Jusqu'en 1998, le diagnostic de diabète reposait sur un examen appelé hyperglycémie
provoquée par voie orale (HGPO) qui consistait à mesurer la glycémie
à jeun, à faire avaler 75 grammes de glucose dans 250 à 300 ml d'eau,
puis à mesurer la glycémie toutes les trente minutes pendant trois heures.
Cependant, si la glycémie à jeun était déjà élevée,
l'HGPO n'était pas nécessaire car le diabète pouvait alors être
affirmé sur le simple résultat de la glycémie à jeun.
Schématiquement, était considéré comme diabétique, tout
sujet présentant à deux reprises :
• une glycémie à jeun supérieure à 1,40 g/l
(7,70 mmol/l),
• ou une glycémie supérieure à 2 g/l
(11 mmol/l) deux heures après prise orale de 75 g de glucose.
Ces critères, datant de 1980, étaient basés :
• sur le fait que la rétinopathie diabétique est une atteinte spécifique
du diabète (c'est-à-dire qu'elle ne peut être observée qu'en
cas de diabète) et que cette atteinte est la plus facile à affirmer précocement,
• et sur la constatation que les personnes ayant une rétinopathie diabétique
avaient tous une glycémie supérieure à 2 g/l
deux heures après prise orale de 75 g de glucose.
Cependant, comme un grand nombre des personnes ayant une glycémie supérieure
à 2 g/l deux heures après prise orale de 75 g de glucose, avaient également une glycémie à
jeun supérieure à 1,40 g/l, on pouvait se dispenser
de l'HGPO si la glycémie à jeun était constatée supérieure
à 1,40 g/l.
Autrement dit :
• si la glycémie à jeun était supérieure ou égale à
1,40 g/l, l'HGPO n'était pas nécessaire,
• si la glycémie à jeun était comprise entre 1,10 et 1,40 g/l, l'HGPO était nécessaire.
Mais dans les faits, l'HGPO n'a de loin pas été systématiquement pratiquée
lorsque la glycémie à jeun était entre 1,10 et 1,40 g/l,
ce qui a entraîné, d'une part le développement de complications macrovasculaires
chez des patients non pris en charge faute d'avoir été authentifiés,
et d'autre part un «glissement des habitudes» vers un seuil de 1,40 g/l comme définissant le diabète.
Depuis 1998
Les critères diagnostiques du diabète ont été modifiés en
1998. Ces nouveaux critères ont été proposés en juin 1997 par
l'American Diabetic Association (ADA). Ils ont été adoptés en 1998
par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), puis en France par l'Association
Française pour l'Etude du Diabète et des Maladies métaboliques (ALFEDIAM),
et ont été retenus par l'Agence Nationale d'Accréditation et d'Evaluation
en Santé (ANAES) en 1999.
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Dans un souci de rigueur scientifique, les différents experts ont donc distingué
:
• d'une part le diabète, au sens de maladie bien caractérisée
pouvant entraîner des complications spécifiques résultant de l'atteinte
des tout petits vaisseaux (atteintes des vaisseaux de la rétine et des vaisseaux
qui font office de «filtre» dans les reins, atteintes que l'on appelle
rétinopathie et néphropathie diabétiques),
• et d'autre part l'hyperglycémie modérée à jeun,
«non diabétique» au sens où cette situation n'entraîne pas
les complications spécifiques du diabète, mais abîme les gros vaisseaux
(coronaires, artères des membres inférieurs, artères du cerveau) au
même titre que l'excès de graisses dans le sang, le tabagisme, l'hypertension,
l'absence d'activité physique...
La population des sujets ayant une glycémie à jeun supérieure ou égale
à 1,26 g/l n'est pas parfaitement concordante avec
celle des sujets ayant une glycémie supérieure ou égale à 2,00 g/l deux heures après 75 g
de glucose (la glycémie à jeun tendant à identifier des sujets plus
jeunes et plus obèses) mais le seuil de 1,26 g/l
a été retenu, d'une part pour des raisons économiques et pratiques
par rapport à l'HGPO, et d'autre part car c'est le niveau de glycémie qui
a la meilleure corrélation statistique (peu de faux positifs et de faux négatifs)
avec la glycémie supérieure à 2 g/l deux
heures après 75 g de glucose, qui a elle-même
une excellente corrélation statistique avec les complications de microangiopathie
qui font la spécificité de la maladie.
Le seuil de 1,26 g/l n'est donc pas celui qui définit l'apparition de la majoration
du risque d'atteinte des gros vaisseaux, et il correspond déjà au point
de doublement du risque de mortalité coronarienne !
Le seuil où commence la corrélation statistique avec l'apparition de la
majoration du risque macrovasculaire est en effet de 1,10 g/l.
Les «dégats glycémiques» commencent donc dès 1,10 g/l !
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Comparaison anciens critères / nouveaux critères
En première approche, les nouveaux critères paraissent avoir simplement
abaissé de 1,40 g/l à 1,26 g/l
le seuil de glycémie définissant le diabète, et dispensé de la
réalisation de l'HGPO, ce qui est une excellente chose car l'HGPO préconisée
par les anciens critères était en fait très peu réalisée
lorsque la glycémie à jeun était inférieure à 1,40 g/l.
Mais ce changement de critères a une signification beaucoup plus profonde.
Il signifie clairement :
• qu'avoir considéré que l'hyperglycémie n'est nocive qu'à
partir de 1,40 g/l à jeun a été une erreur
(dont des milliers de personnes ont payé le prix),
• que le risque de devenir aveugle ou de ne pouvoir vivre qu'à l'aide du
rein artificiel (dialyse) est bien réel dès que la glycémie à
jeun est supérieure à 1,26 g/l,
• et plus encore qu'une élévation même modérée, inférieure
à 1,26 g/l, de la glycémie à jeun est suffisante
pour majorer de façon nette le risque de mort d'origine artérielle, puisque
le niveau de 1,26 g/l correspond au point de doublement
du risque de mortalité coronarienne !
Ceci est par ailleurs corroboré par des statistiques qui montrent que le risque
vasculaire d'un diabète de type 2 est actuellement équivalent, par défaut
de prise en charge correcte, au risque d'une personne non diabétique venant
de faire un premier infarctus du myocarde.
Autrement dit, bien que le diabète soit défini par une glycémie à
jeun supérieure ou égale à 1,26 g/l, les
«dégâts glycémiques» débutent à partir de 1,10 g/l, et le «petit diabète» n'existe pas, pas
plus que le «prédiabète».
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Les «dégâts glycémiques»
débutent |
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Le «petit diabète»
n'existe pas |
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La prise en charge doit commencer dès 1,10 g/l |
Et l'hémoglobine glycosylée (HbA1c) ?
Le risque de complications étant proportionnel à l'hémoglobine
glycosylée, et l'hémoglobine glycosylée mesurant bien mieux le
degré de maîtrise du diabète que la glycémie à jeun, on
peut se demander pourquoi l'hémoglobine glycosylée n'a pas été
retenue comme critère diagnostique du diabète.
Il y a plusieurs éléments de réponse à cette question :
• Les méthodes de dosages de l'HbA1c n'étaient pas standardisées
et toutes les méthodes de dosages n'avaient pas la même fiabilité
lorsque les études révisant les critères de diabète ont été
menées (la situation s'est améliorée depuis mais, contrairement au
dosage de la glycémie, il n'y toujours pas une méthode de dosage universellement
utilisée dans tous les laboratoires).
• Les limites de la normale des différentes méthodes de dosages de
l'HbA1c n'étaient pas identiques, ce qui rendait difficile l'énonciation
d'un seuil universel, contrairement à ce que permet la glycémie à
jeun.
• Lorsqu'il y a un diabète avéré, la glycémie à jeun
est élevée et souvent variable d'un jour à l'autre, alors qu'au début
du diabète la glycémie à jeun n'est pas non plus strictement identique
d'un jour à l'autre mais est nettement moins variable. Par conséquent,
l'HbA1c n'est pas apparue plus intéressante que la glycémie à jeun
pour le diagnostic de diabète.
• Compte tenu des éléments précédents, «l'outil glycémie
à jeun» est apparu certes imparfait, mais cependant plus fiable que «l'outil
HbA1c» pour le diagnostic de diabète.
• Et enfin, il était difficilement envisageable de recommander la réalisation
d'un dosage plus coûteux que la glycémie à jeun pour intensifier des
opérations de dépistage.
Par contre, si on parvient un jour à amener la standardisation et la fiabilité
du dosage de l'HbA1c au niveau de celui de la glycémie, et ceci avec un coût
raisonnable par dosage, il est plausible que l'HbA1c sera alors préconisée
comme critère diagnostique du risque artériel majoré et du diabète.
Ceci permettrait notamment de ne pas méconnaître les personnes à prendre
en charge parmi celles ayant une glycémie un peu inférieure à 1,10 g/l mais s'élevant de façon anormale après les
repas, dont on peut penser que le nombre va augmenter parallèlement à la
progression des habitudes alimentaires anarchiques et au développement de l'obésité
dans la population.
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Diagnostic de diabète => Glycémie à jeun |
Et la glycémie normale, c'est quoi ?
Comme vous êtes perspicace ;-) vous n'aurez certainement pas manqué de
remarquer qu'il y a un intervalle entre la définition de la glycémie normale
à jeun entre 0,70 et 0,90 g/l en différents
endroits de ce site, et le seuil de 1,10 g/l où commence
le risque artériel majoré.
L'intervalle 0,90 à 1,10 g/l correspondrait-il à
des valeurs qui ne seraient pas à l'origine de complications, mais qui ne seraient
cependant pas normales ? en contradiction avec les nouveaux
critères diagnostiques de diabète !
Ce paradoxe tient aux méthodes statistiques, et notamment d'échantillonnage.
Si on étudie les adultes jeunes, non malades, non obèses, la glycémie
à jeun est effectivement pratiquement toujours entre 0,70 et 0,90 g/l,
mais la population générale n'est pas constituée d'adultes jeunes,
non malades, non obèses, et la plage entre 0,90 et 1,10 g/l
correspond aux patients «non jeune» ou «non sain» ou obèses,
sans qu'il soit cependant possible d'authentifier que cette plage de glycémie
augmente leur risque macrovasculaire.
Par conséquent au niveau de la population générale, la glycémie
à jeun dite «normale» sur le plan statistique est comprise entre 0,70
et 1,10 g/l, mais au niveau individuel une glycémie
proche de 1,10 g/l ne peut pas être considérée
comme normale chez un adule jeune sain non obèse, surtout s'il a des antécédents
familiaux de diabète.