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Les lecteurs de glycémie
Les lecteurs de glycémie capillaire sont apparus à la fin des années
70. Il s'agissait d'appareils relativement contraignants à utiliser et qui étaient
assez irritants par la nécessité de les étalonner perpétuellement
sous peine d'obtenir des résultats fantaisistes.
L'essor des lecteurs de glycémie a réellement débuté avec le
Glucometer au début des années 80. Il fallait déposer une goutte
de sang sur une bandelette Dextrostix, attendre un peu, puis passer la bandelette
sous l'eau et l'essuyer avant de la donner à lire à l'appareil. Il s'agissait
d'une mesure colorimétrique : réaction du sucre présent dans la goutte
de sang avec un composé chimique produisant des électrons, action de ces
électrons sur un composé colorimétrique, puis mesure du changement
de couleur, ou plus exactement du changement de contraste, par un procédé
optique.
La manoeuvre était simple, bien qu'elle nécessitât de disposer d'eau,
et en fait, le point le plus gênant était la nécessité d'étalonner
l'appareil, et de vérifier régulièrement qu'il était bien étalonné.
Pour l'étalonner, on faisait lire à l'appareil deux bandelettes de matière
plastique, l'une gris clair, l'autre gris foncé, dont le rôle était
d'apprendre à l'appareil à quel niveau de contraste correspondaient les
niveaux de glycémie 50 et 300 mg/dl. A partir de ces deux mesures, l'appareil
était alors en mesure de fournir un chiffre de glycémie correspondant au
contraste d'une bandelette imprégnée de sang. Pour vérifier que l'appareil
était bien étalonné, il fallait une fois par semaine lui donner à
lire les bandelettes gris clair et gris foncé pour vérifier qu'il affiche
les valeurs 50 et 300. Si ce n'était pas le cas, il fallait réétalonner,
et vérifier l'étalonnage, mais selon le type de piles utilisées, leur
usure, et l'ancienneté de l'appareil, on devait parfois passer un bon quart
d'heure pour obtenir un étalonnage correct... qui ne durait parfois que quelques
jours.
Le Glucometer II a été, en son temps, une petite révolution
dans la mesure où il n'y avait plus de nécessité de passer la bandelette
sous l'eau, ni d'étalonnage fastidieux. L'étalonnage était simplement
réalisé en sélectionnant sur l'appareil le même chiffre que celui
présent sur la boîte de bandelettes, et ceci n'était à faire
qu'à chaque changement de boîte de bandelettes. Un bâtonnet de couleur
grise était également fourni avec l'appareil, mais son but était uniquement
de pouvoir faire fonctionner l'appareil sans y mettre de sang. Si la valeur affichée
par l'appareil était entre deux limites prévues par le fabricant, et était
identique, ou presque, à celle qu'il avait l'habitude d'afficher, c'est que
l'appareil était en bon état de fonctionnement. Il était également
possible de réaliser un autotest permettant en trois étapes de vérifier
le fonctionnement des composants électroniques de l'appareil.
Par la suite, divers autres appareils ont été commercialisés :
• soit basés sur un principe identique (Diascan, Tracer),
dont un (Glucometer 3) utilisant des bandelettes dont la surface réactive
était recouverte d'un fin film de matière plastique de façon à
permettre un essuyage «comme la lame d'un couteau» sans risque de fausser
la mesure de la glycémie faute d'avoir altéré la surface colorée,
par un essuyage un peu vigoureux,
• soit utilisant deux zones réactives dont l'appareil effectuait la moyenne
(Reflolux),
• soit avec une bandelette «double face» (One Touch) : la goutte
de sang est placée d'un côté de la bandelette, les globules rouges
du sang sont retenus par une sorte de filtre, et la réaction chimique a lieu
sur l'autre face qui est donc analysée «par en dessous» sans qu'il
soit nécessaire d'essuyer la bandelette. Par ailleurs, l'appareil est capable
de déterminer quand la goutte de sang a été déposée sur
la bandelette, et déclenche donc le chronomètre lui-même sans intervention
de l'utilisateur. La réalisation d'une glycémie capillaire est ainsi devenue
beaucoup plus simple : mise en route de l'appareil, mise en place d'une bandelette
sur l'appareil, dépôt de la goutte de sang, attente pendant deux minutes,
affichage automatique de la glycémie. Cet appareil, dont le principe de fonctionnement
a bien surmonté «l'épreuve du temps» est encore commercialisé.
Le progrès technologique suivant a été de s'affranchir d'une autre
manière du «facteur temps». En effet, jusque-là il fallait qu'un
chronomètre intégré dans l'appareil, et déclenché par l'utilisateur,
ou autodéclenché par l'appareil, mesure le temps de contact entre le sang
et le réactif, et entraîne la lecture de la bandelette à un moment
précis alors que la réaction chimique se poursuivait. L'astuce utilisée
a consisté à ne mettre qu'une quantité très précise de réactif
dans la bandelette, et à faire lire l'appareil toutes les secondes à partir
du début de la réaction : lorsque plusieurs mesures successives sont identiques,
c'est que la réaction chimique est terminée, et la valeur de la glycémie
est alors affichée (Glucometer 4, Accu-Chek Easy).
Parallèlement à ces perfectionnements, les appareils se sont enrichis de
capteurs mesurant la température afin d'améliorer la précision de
la mesure et éventuellement ne pas autoriser la réalisation d'une mesure
si la température n'est pas dans la plage normale de fonctionnement de l'appareil.
D'autres appareils ont intégré des piles de très longue durée
permettant de ne plus avoir à changer les piles pendant toute la durée
de vie de l'appareil, ainsi que d'un arrêt automatique de l'affichage après
quelque temps de non-utilisation dans le but d'économiser les piles, et de permettre
au diabétique de ne pas se relever la nuit pour vérifier s'il a bien éteint
son appareil avant d'aller se coucher. Certains appareils ont été munis
d'une alerte signalant que la goutte de sang est insuffisante pour réaliser
la mesure de la glycémie avec une fiabilité suffisante. Enfin, pour certains
appareils, l'étalonnage est réalisé par une «puce» électronique
à utiliser lors de l'ouverture de chaque boîte de bandelettes, ou à
laisser en place sur le côté de l'appareil.
L'étape suivante (technologie des électrodes)
a été de supprimer plusieurs étapes dans le processus d'analyse, c'est-à-dire
de remplacer la chaîne «production d'électrons, action de ces électrons
sur un composé colorimétrique, mesure du changement de contraste par un
procédé optique» par une mesure directe des électrons produits
par une seule réaction chimique. Il y a tout d'abord eu l'appareil Exactech
puis son petit frère le MediSense Sensor, ces deux appareils se déclinant
en un format «carte de crédit» et un format «stylo». Le
Glucomatic Esprit est ensuite apparu, fonctionnant selon le même principe
mais utilisant des disques contenant dix électrodes, permettant de réaliser
dix glycémies sans avoir à recharger l'appareil en électrodes.
Parallèlement, tant pour les bandelettes que pour les électrodes, le volume
de sang nécessaire a été réduit ainsi que le temps nécessaire
à l'analyse qui est maintenant de cinq secondes pour le matériel le plus
rapide.
Enfin, l'évolution s'est faite vers des lecteurs mémorisant les glycémies
et pouvant les télécharger dans
un logiciel d'analyse, ainsi que vers la possibilité de lire des électrodes
mesurant les corps cétoniques dans le sang (MediSense Optium).
Sur le plan administratif, un arrêté a fixé en 1989 les conditions
de prise en charge des lecteurs de glycémie, avec notamment instauration
d'un contrôle de fiabilité par le Laboratoire national de la santé.
Le prix des lecteurs a progressivement diminué. La demande d'entente préalable
a été supprimée en 1997, mais les conditions de prise en charge sont
restées inchangées. En mars 1999, l'Agence Française de Sécurité
Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS)
a suspendu la mise sur le marché et la délivrance des appareils les plus
anciens ne donnant plus l'exactitude et la précision rendues possibles par la
technologie. De nouveaux appareils sont apparus depuis, et le prix des bandelettes
permettent leur prise en charge à 100 %.
Le prélèvement de la goutte de sang a également
bénéficié de perfectionnements : lancettes plus fines et avec un biseau
devenu sophistiqué, pression du ressort calibrée de façon optimale,
conception technique et matériaux adaptés pour diminuer les vibrations
pouvant être à l'origine de douleur, réglage de la profondeur de pénétration
de la lancette dans la peau, picots sur l'embase en contact avec le doigt pour diminuer
la douleur, lancettes dans un barillet permettant de disposer de six lancettes sans
recharger l'autopiqueur.
L'avenir reste cependant ouvert au développement d'une nouvelle génération
d'appareils permettant de mesurer la glycémie «à travers la peau»
sans avoir à prélever une goutte de sang, mais pour le moment la fiabilité
n'est pas encore satisfaisante.