![]()
![]()
Les lecteurs de glycémie
sont-ils fiables ?

Tout utilisateur d'un lecteur de glycémie se pose un jour cette question, notamment
lorsqu'il réalise une glycémie au doigt le matin à jeun, qu'il se
rend ensuite au laboratoire pour un dosage de la glycémie, et que les deux résultats
ne sont pas identiques.
Même moment ?
La tendance spontanée est alors de considérer que la glycémie du
laboratoire est juste, et que la glycémie capillaire est fausse, mais en fait
l'une et l'autre glycémies peuvent être parfaitement justes.
En effet, quand on fait une analyse chez soi et qu'on se rend ensuite au laboratoire,
la glycémie capillaire et la glycémie au laboratoire n'ont pas été
réalisées au même moment sur le même prélèvement, et
le délai et les événements séparant les deux analyses ont pu
faire varier la glycémie :
• Lorsque l'on reste à jeun, on prolonge la situation de fin de nuit pendant
laquelle le foie produit du glucose pour fournir de l'énergie en attendant le
petit déjeuner, et la glycémie a alors le temps d'atteindre un niveau un
peu plus élevé qu'au lever.
• A l'inverse, l'activité physique pour aller au laboratoire conduit à
une utilisation du glucose sanguin par les muscles.
• Le prélèvement au laboratoire peut conduire à une libération
d'hormones hyperglycémiantes (peur des prises de sang, douleur ou même
simplement crainte de la douleur, difficultés pour trouver la veine...). De
même, un énervement, une contrariété ou des émotions pendant
le trajet du domicile au laboratoire (circulation automobile, difficulté pour
trouver une place de parking, peur d'arriver ensuite en retard à son travail...)
peuvent également modifier la glycémie.
• Par ailleurs, quand on est traité avec de l'insuline, il ne faut pas
oublier que l'action de l'insuline au moment de la glycémie capillaire à
domicile et au moment du prélèvement au laboratoire, n'est pas obligatoirement
identique (plus le temps passe, plus l'insuline injectée la veille au soir arrive
au terme de son efficacité ; si l'injection a été faite dans la cuisse,
l'activité physique pour se rendre au laboratoire peut conduire à une accentuation
du passage de l'insuline dans le sang).
Il existe donc un certain nombre de facteurs qui font que l'on ne peut pas comparer
valablement deux mesures de la glycémie réalisées sur des prélèvements
sanguins qui n'ont pas été effectués au même moment.
Même sang ?
Pour que ce soit au même moment et sur le même sang, la tentation est
grande d'emmener son lecteur au laboratoire et de demander à l'infirmière
de fournir une goutte du sang prélevé au pli du coude, que l'on analyse
avec son lecteur.
Mais le problème est que les lecteurs de glycémies et les automates du
laboratoire ne sont pas conçus pour analyser le même type de sang. Les
lecteurs de glycémie utilisent en effet du sang capillaire total, tandis que
les automates des laboratoires utilisent du plasma veineux c'est-à-dire le sang
après que les cellules du sang aient été retirées de façon
à ce que le nombre de cellules n'influence pas ses résultats.
On estime habituellement que la glycémie sur sang total est inférieure
d'environ 15 % à la valeur de la glycémie mesurée
sur plasma lorsqu'il n'y a pas d'anémie ni de déshydratation, (car ceci
modifie la proportion des cellules sanguines et du plasma).
Cependant, pour permettre une meilleure comparaison avec les mesures des laboratoires,
les lecteurs les plus récents intègrent une correction, soit de façon
standard, soit en sélectionnant sur le lecteur le type de prélèvement
qui est utilisé, et les lecteurs expriment alors la glycémie en équivalent
plasma.
L'intégration ou non de cette correction, ainsi que la valeur de cette correction,
est par ailleurs la raison pour laquelle un modèle de lecteur peut fournir régulièrement
des valeurs un peu supérieures ou un peu inférieures à un autre modèle
de lecteur.
Même moment ?
Si cette correction sang total / plasma
est prise en compte, automatiquement ou volontairement, on se dit alors que l'on
peut aussi comparer le résultat du laboratoire avec une glycémie réalisée
au bout du doigt juste avant ou juste après la réalisation du prélèvement
qui sera analysé par le laboratoire.
Mais la concentration du glucose n'est pas identique à ces deux endroits car
le sang du bout du doigt est du sang artériolaire provenant du coeur, alors
que le sang au pli du coude est du sang veineux, c'est-à-dire du sang qui a
circulé dans des tissus et des muscles avant d'arriver au pli du coude, avec
au passage un certain degré d'utilisation du glucose.
La différence est cependant faible puisque le matin à jeun et au repos,
correction sang total / plasma
réalisée, la glycémie au pli du coude n'est inférieure que de
quelques centièmes à moins d'un dixième de gramme par litre à
la glycémie capillaire.
Par contre, si on réalise des contractions musculaires de la main et de l'avant-bras
pour «faire venir le sang» la différence peut être un peu plus
importante en raison de la consommation de glucose des muscles, et ceci est également
le cas dans les heures qui suivent une activité physique importante car à
ce moment les muscles cherchent à reconstituer leur réserve en glycogène.
Par ailleurs, si les prélèvements sont réalisés après un
repas la différence peut atteindre 0,30 g/l étant
donné qu'à ce moment les muscles stockent le glucose présent dans
le sang.
|
Si on veut comparer avec le laboratoire |
|
La différence entre deux mesures peut |
Le lecteur n'est pas en cause
Ceci étant posé, pour répondre à la question «les lecteurs
de glycémie sont-ils fiables ?» il faut savoir que les appareils qui utilisent
des bandelettes colorées ne mesurent pas la couleur de la bandelette, mais son
contraste, c'est-à-dire la quantité de lumière qui est réfléchie
sur la bandelette, et que cette mesure est exactement du même type que celle
qui est réalisée par la cellule photoélectrique d'un appareil photo,
pour que la photo ne soit pas surexposée (trop claire) ou sous-exposée
(trop sombre).
Or cette technologie est maintenant parfaitement au point, et avec les appareils
photo actuels il n'est plus possible d'obtenir une photo surexposée ou sousexposée
(sauf image complexe comme un contre-jour ou un éclairage très irrégulier).
D'ailleurs, il existe un moyen simple pour vérifier que ce type de mesure est
parfaitement fiable dans les lecteurs de glycémie : il suffit de réaliser
une dizaine de mesures avec un petit morceau de papier de couleur, de taille exactement
identique à celle d'une bandelette (ou plus simplement d'utiliser la bandelette
«test» en matière plastique qui est fournie avec la plupart des modèles
de lecteurs). On peut ainsi vérifier que les résultats sont toujours identiques
à un ou deux centièmes près, témoignant bien que ce n'est pas
l'électronique du lecteur qui peut être en cause.
Par contre, bien évidemment, de la même manière qu'une photo ne peut
pas être réussie si l'objectif de l'appareil photo est sale, une glycémie
au doigt ne peut pas être juste si la fenêtre de lecture de l'appareil
est souillée de sang.
Avec ces appareils, les étapes de la mesure sont les suivantes : réaction
du sucre avec un composé chimique qui produit des électrons, action de
ces électrons avec un composé colorimétrique, puis mesure du changement
de contraste par un procédé optique.
Les appareils récents utilisent des électrodes, et non des bandelettes.
Avec ces appareils, les deux dernières étapes (réaction colorimétrique
et procédé optique) n'existent plus et les électrons produits sont
directement mesurés par l'appareil, ce qui est de nature à améliorer
la précision de la mesure.
La bandelette et son utilisation
Ce n'est donc habituellement pas le lecteur qui génère des mesures erronées,
mais ce qu'on lui donne à lire c'est-à-dire le résultat de l'action
de la goutte de sang sur le réactif chimique présent dans la bandelette
ou l'éléctrode.
Et pour que l'analyse soit juste il faut impérativement respecter plusieurs
points :
• Bandelette ou électrode en bon état (date limite d'utilisation,
conservation des bandelettes dans leur boîte d'origine avec le petit sachet
destiné à neutraliser l'humidité, flacon ouvert depuis moins de trois
mois).
• Réglage de l'appareil avec le numéro de code de la bandelette ou
de l'électrode.
• Toujours obtenir une goutte de sang d'un volume suffisant. C'est un facteur
très important : le résultat ne peut pas être
juste si la quantité de sang déposée sur la bandelette est plus petite
que celle prévue par le fabricant, et le seul moyen de dépasser ce seuil
minimum de sang est d'obtenir une goutte de sang d'un volume un peu plus important
que le volume de sang qui est déposé sur la bandelette. Au besoin se laver
les mains à l'eau chaude (les mouvements des doigts activent la circulation,
et la chaleur dilate les vaisseaux).
• Il y a également une autre raison d'obtenir une goutte de sang d'un volume
plus important que le volume de sang qui est nécessaire au lecteur. Le problème
avec les lecteurs les plus récents qui n'ont besoin que d'un volume de sang
très petit, est que si la goutte de sang obtenue au bout du doigt est tout juste
suffisante pour que le lecteur puisse fonctionner, la composition du sang analysé
n'est pas identique à celle que l'on obtient en fournissant au lecteur une partie
de la goutte de sang obtenue au bout du doigt. Autrement dit, les situations où
la goutte de sang est tout juste suffisante pour que le lecteur accepte de fonctionner
sont les plus à risques de fournir des mesures erronées, et il est conseillé
d'obtenir au bout du doigt une goutte de sang d'un volume plus important que ce qui
est nécessaire au lecteur.
• La température de stockage des bandelettes et du lecteur peut également
influencer la mesure, mais cela n'interfère pas en utilisation courante car
seules les températures extrêmes peuvent avoir une influence : une température
proche ou en dessous de 10° ralentit la réaction chimique et le fonctionnement
du lecteur (randonnée en hiver en montagne), tandis qu'une température
à plus de 40° accélère la réaction chimique et le fonctionnement
du lecteur (bandelettes et lecteur dans le coffre d'une voiture en été).
Certains lecteurs sont équipés d'un détecteur de température
qui empêche la réalisation d'une mesure si la température n'est pas
dans la plage adéquate.
• Il faut également savoir que si «on fait ressaigner le bout du doigt»,
la goutte de sang que l'on obtient alors n'a pas exactement la même composition
que la première goutte obtenue au même endroit (délai écoulé,
et surtout activation des processus de coagulation), ce qui fait que l'analyse peut
ne pas fournir exactement le même résultat.
• Et bien entendu, il faut se laver les mains et les sécher avant d'obtenir
la goutte de sang, afin que des résidus alimentaires séchés au bout
du doigt ne viennent pas «contaminer» la goutte de sang. De même «désinfecter»
le doigt avec de l'alcool ou de l'éther est inutile et peut fausser la mesure.
C'est de la responsabilité du diabétique de veiller à ces différents
points, au même titre que c'est de la responsabilité du laboratoire de
veiller à la qualité de ses appareils, de ses réactifs, et du prélèvement
: présence ou non dans le tube d'un inhibiteur de la glycolyse (inhibition de
l'utilisation du sucre par les cellules du sang) ce qui n'est généralement
pas le cas si d'autres analyses sont à réaliser sur le même tube,
délai séparant le prélèvement de l'analyse (plus le temps passe
plus la glycémie est artificiellement basse, surtout s'il n'y a pas d'inhibiteur
de la glycolyse et si le tube n'est pas stocké au froid).
La précision des mesures au laboratoire ou avec un lecteur
Il faut également savoir que, tant au laboratoire qu'avec un lecteur, la
répétition de l'analyse à partir d'un même tube de sang ne fournit
jamais une valeur strictement identique. Par exemple, une première analyse fournira
1,36 g/l, la seconde 1,45 g/l, la troisième 1,39 g/l... avec une forte proportion
de résultats proches de la valeur moyenne, quelques résultats en dessous
de cette moyenne, et quelques résultats au-dessus de cette moyenne (le graphique
des résultats à la forme d'une courbe en cloche).
Ceci peut être constaté tant au laboratoire qu'avec un lecteur, et ce phénomène
est du même ordre que la variation qui peut être observée lorsque
l'on effectue une dizaine de mesures d'un même objet avec une règle métallique.
De même, la méthode utilisée influence le résultat :
un même sang analysé au laboratoire avec deux méthodes différentes
(ou une même grosse goutte analysée en même temps avec deux lecteurs
de marques différentes) ne fournira pas des résultats toujours identiques.
Par ailleurs, tant au laboratoire qu'avec un lecteur, il y a aussi de temps en temps
des résultats très discordants, car une fiabilité à 100 % n'existe pas. On estime qu'un lecteur de glycémie est
fiable si, correction sang total / plasma réalisée, il fournit
dans plus de 95 % des cas des valeurs comprises entre -10 % et +10 %
des valeurs fournies par le laboratoire. On y parvient lorsqu'il n'y a qu'un seul
utilisateur du lecteur qui prend en compte tous les paramètres maîtrisables,
mais il est fréquent que les contrôles de qualité réalisés
avec de multiples utilisateurs de lecteurs montrent des valeurs comprises entre -15 % et +15 % pour 90 %
des analyses.
Cependant +/-10 % dans 95 %
des cas ne signifie pas que la glycémie est proche de -10 %
ou de +10 % dans 95 % des cas.
Cela signifie qu'il faut une fourchette comprise entre -10 %
et +10 % pour inclure 95 %
des mesures, et l'immense majorité des mesures est en fait différente de
seulement quelques pour cents des valeurs de référence, mais il y a aussi
dans 5 % des cas des mesures discordantes qui sont supérieures
ou inférieures à +/-10 % des valeurs de référence.
Enfin, certains médicaments peuvent fausser la mesure, en l'élevant ou
en l'abaissant selon les techniques ou appareils utilisés, tant au laboratoire
qu'avec un lecteur, et un médicament n'a pas toujours le même effet sur
la mesure du laboratoire et sur celle d'un lecteur.
Les lecteurs sont-ils fiables ?
On peut sans hésitation répondre «Oui» à cette question,
sous réserve du respect des règles énoncées plus haut. On peut
même affirmer qu'une glycémie réalisée correctement par le diabétique
sera plus fiable qu'une glycémie réalisée au laboratoire quelques
heures après un prélèvement réalisé sur un tube non exclusivement
prévu pour cela, et ayant été stocké à température
ambiante.
Sur le plan pratique on peut retenir que :
• la comparaison d'une glycémie réalisée par le laboratoire avec
une glycémie réalisée par un lecteur sur une goutte de sang prélevée
sur l'échantillon de sang destiné au laboratoire, est la méthode qui
élimine le plus de facteurs de variation puisque les analyses travaillent sur
le même prélèvement de sang, mais la comparaison n'est possible que
si la correction sang total / plasma
est correctement prise en compte,
• la comparaison d'une glycémie réalisée par le laboratoire avec
une glycémie réalisée par un lecteur sur une goutte de sang prélevée
au bout du doigt dans la minute qui précède ou la minute qui suit le prélèvement
pour le laboratoire, est une méthode également valable s'il s'agit d'une
glycémie à jeun, qu'il n'y a pas eu d'activité physique avant le prélèvement,
si on n'a pas réalisé des contractions musculaires de la main et de l'avant-bras
pour «faire venir le sang», et si la correction sang total / plasma est correctement prise en compte,
• et en tout état de cause, la différence entre les deux mesures peut
différer de +/-10 % sans que cela remette en cause
la fiabilité des mesures.
Enfin, il faut savoir qu'en milieu hospitalier, les mesures de glycémie sont
réalisées sur place avec des lecteurs, et que la précision de ces
mesures est largement suffisante pour bien traiter le diabète.
