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La signification de l'acétone
Il y a un «carburant normal» et un «carburant de secours»
Pour nourrir ses cellules, l'organisme dispose essentiellement des sucres présents
dans le sang et en réserve dans les muscles et le foie, et des lipides contenus
dans les graisses de réserve :
• Le sucre est utilisé sans produire de déchets, c'est le «carburant
normal», mais il faut de l'insuline pour permettre son entrée dans
les cellules. «L'insuline est une clef qui permet l'ouverture des portes des
cellules pour le sucre».
• Les graisses de réserve sont utilisées lorsque l'organisme
ne peut pas utiliser le sucre en quantité suffisante. Ces graisses sont utilisées
sans que l'insuline soit nécessaire pour permettre leur entrée dans les
cellules, mais il y a production de déchets. Ce sont les corps cétoniques
dont le représentant est l'acétone, qui comme le sucre, peut être
évalué dans les urines (cétonurie) avec des bandelettes réactives
qui fournissent des résultats semiquantitatifs : (0) (traces) (+) (++) (+++)
(++++). On utilise le mot acétonurie pour désigner l'acétone dans
les urines. Le mot cétonurie désigne l'ensemble des corps cétoniques
présents dans les urines, mais en pratique ces deux termes sont équivalents.
Il est également maintenant possible de mesurer «l'acétone dans le
sang» ou plus exactement le ß-hydroxybutyrate qui est le représentant
principal des corps cétoniques (lecteur Optium avec électrode MediSense
Optium ß-Cétone).
L'acétone - et non «la cétone» ;-) - est produite par le foie,
et ne peut être utilisée que par certains organes comme le coeur et dans
une moindre mesure par le cerveau. Les graisses de réserve sont donc un «carburant
de secours» qui produit des déchets qui ont tendance à s'accumuler.
D'autre part, cette production d'acétone s'accompagne de la production de
déchets acides qui vont perturber le fonctionnement des cellules avec risque
de coma.
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Sucre = carburant normal |
Quatre situations sont possibles
Comme le sucre est le carburant prioritairement utilisé s'il y a présence
d'une quantité correspondante d'insuline, et que les graisses sont un carburant
de secours, on peut distinguer quatre situations qui commanderont les parts respectives
des sucres et des graisses utilisées par le corps :
• assez d'insuline et assez de sucre (situation normale)
• pas assez d'insuline (hyperglycémie)
• trop d'insuline par rapport au sucre (hypoglycémie)
• peu de sucre et peu d'insuline (jeûne prolongé)
S'il y a assez d'insuline et assez de sucre
Si l'insuline est en quantité suffisante pour permettre l'utilisation d'une
quantité normale de sucre :
• le sucre entre normalement dans les cellules et ne baisse pas excessivement
dans le sang
=> glycémie normale, pas de sucre dans les urines,
• l'organisme n'utilisera pas ses réserves de graisses
=> pas d'acétone dans les urines.

S'il n'y a pas assez d'insuline
Si l'insuline est en quantité insuffisante :
• le sucre entre mal dans les cellules et le foie n'est pas freiné dans
sa production de sucre
=> hyperglycémie, et sucre dans les urines si glycémie supérieure
à 1,80 g/l,
• l'organisme utilise ses graisses de réserve
=> acétone dans les urines selon le degré du manque en insuline : acétonurie
= (0) ou (traces) ou (+) chez le diabétique non insulinodépendant ; acétonurie
qui peut atteindre (+++) et (++++) chez le diabétique insulinodépendant
qui entre en coma acidocétosique.

S'il y a trop d'insuline
S'il y a trop d'insuline :
• le sucre entre dans les cellules et baisse de façon trop importante dans
le sang
=> hypoglycémie, et pas de sucre dans les urines,
• si l'hypoglycémie a été très prolongée, au point
que le corps ait eu le temps d'utiliser d'utiliser les graisses, on peut trouver
des traces d'acétone dans les urines
=> traces d'acétone dans les urines si hypoglycémie très prolongée.

S'il y a peu de sucre et peu
d'insuline
S'il y a assez d'insuline pour la quantité de sucre présente dans le sang,
mais que ces quantités de sucre et d'insuline sont peu importantes et dans des
proportions correspondantes :
• le sucre peut entrer normalement dans les cellules, ne baisse pas trop dans
le sang, et n'est pas produit en quantité par le foie :
=> glycémie normale ou un peu basse, et pas de sucre dans les urines,
• l'organisme, qui n'a pas assez de «carburant glucidique», utilise
plus de graisses que d'habitude
=> présence d'un peu d'acétone dans les urines.
Cette situation peut être observée chez les diabétiques, mais aussi
chez les personnes qui ne sont pas diabétiques : en cas de jeûne pendant
toute une journée, il est normal de trouver de l'acétone dans les urines
le lendemain matin, car le corps a utilisé des graisses de réserve. Cette
situation banale est appelée «cétose de jeûne».

En résumé
Pour savoir «ce qui se passe» le diabétique dispose de différents
moyens (glycémie, glycosurie, acétonurie) qui ne fournissent pas les mêmes
informations :
• L'hyperglycémie est le témoin d'un manque d'insuline par rapport
au sucre, et elle s'accompagne d'une glycosurie lorsque la glycémie est supérieure
à 1,80 g/l (seuil rénal
du glucose).
• L'hypoglycémie est le témoin d'un excès d'insuline par rapport
au sucre, et elle ne s'accompagne pas de glycosurie car la glycémie n'est pas
supérieure au seuil rénal du glucose.
• L'acétonurie est le témoin de l'utilisation des graisses de réserve
de l'organisme :
- soit parce que le sucre est abondant mais ne peut pas être utilisé correctement
par suite d'un manque d'insuline (acétone en faible quantité chez le diabétique
non insulinodépendant, acétone en grande quantité chez le diabétique
insulinodépendant débutant un coma acidocétosique),
- soit parce qu'il n'y a pas suffisamment de sucre disponible (hypoglycémie
ou jeûne prolongés).
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Situation normale |
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Diabète décompensé |
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Hypoglycémie |
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Cétose de jeûne |
En pratique
Quand rechercher la présence d'acétone ?
L'information «présence ou non d'acétone» n'est utile que pour
dépister si le diabète est en train de se décompenser, c'est-à-dire
d'évoluer vers un coma par acidocétose.
A priori, on pourrait donc penser qu'il n'est utile de rechercher la présence
d'acétone que si la glycémie est très élevée, au-dessus
de 4 g/l par exemple, mais l'expérience montre qu'il peut exister des comas
par acidocétose à un niveau de glycémie moins élevé.
En fait, plus que le niveau de la glycémie, c'est l'évolution de la glycémie
qui est instructive pour savoir s'il faut rechercher la présence d'acétone
:
• Ainsi, si les glycémies avant repas sont habituellement entre 0,80 et
1,40 g/l, et que l'on constate un jour des chiffres inhabituels croissants (1,92
puis 2,43 puis 3,17 g/l par exemple) c'est qu'il y a quelque chose «qui ne va
pas» et la recherche d'acétone est alors nécessaire.
• Par contre, si une glycémie est constatée à 3 g/l et la suivante
dans la journée est normale ou presque, cela ne rend pas nécessaire la
recherche d'acétone s'il n'existe pas de symptômes évoquant un début
de décompensation ou des circonstances connues pour favoriser une décompensation.
Il existe en effet :
• des symptômes pouvant être en relation avec un début de décompensation
: fatigue, soif, manque d'appétit, nausées, vomissements, troubles digestifs
mal définis,
• et des situations à risque de décompensation : fièvre, infection,
traumatismes....
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Rechercher la présence d'acétone si :
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Comment rechercher la présence d'acétone ?
De préférence avec des bandelettes réactives à tremper dans l'urine,
qui permettent la recherche simultanée de sucre et d'acétone (Kéto-Diabur
Test 5000 ou Kéto-Diastix par exemple). En effet, la présence d'acétonurie
avec glycosurie n'a pas du tout la même signification que la présence d'acétonurie
sans glycosurie.
Attention aux conditions de prélèvement
Il n'est peut-être pas inutile de rappeler ici les conditions d'une analyse
d'urine fiable :
• Comme l'urine est émise par le rein en continu et est stockée dans
la vessie, la composition de l'urine que l'on récupère dans un bocal est
le témoin de ce qui s'est passé depuis la dernière fois que l'on a
uriné.
• Autrement dit, pour savoir qu'elle est la situation du moment, il faut tout
d'abord uriner pour vider sa vessie, puis boire un peu d'eau, et ensuite seulement
les urines que l'on recueillera dans un bocal pourront être le témoin de
la situation du moment.
Les diabétiques traités par des comprimés sont-ils concernés
par l'acétone ?
Décompensation avec acétone
Les mécanismes des diabètes insulinodépendant (DID, DT1) et non insulinodépendant
(DNID, DT2) ne sont pas les mêmes, ce qui conduit le diabétique insulinodépendant
à un risque nettement plus important de décompensation acidocétosique
lorsque la glycémie est élevée.
Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue qu'un diabète jusque-là non
insulinodépendant, et donc réputé ne pas se décompenser aussi
fréquemment qu'un diabète insulinodépendant, peut un jour évoluer
de façon grave, notamment lors de situations à risque de décompensation
(fièvre, infection, traumatismes...).
Dans de telles situations, ou en cas de symptômes compatibles (fatigue, soif,
manque d'appétit, nausées, vomissements, troubles digestifs mal définis),
il est nécessaire de rechercher la présence d'acétone chez le diabétique
non insulinodépendant.
Décompensation
sans acétone (coma hyperosmolaire)
Bien que cela ne concerne pas l'acétone, il faut cependant signaler ici qu'en
cas de diabète non insulinodépendant il peut également y avoir un
mode de décompensation très grave sans présence d'acétone, appelé
«coma hyperosmolaire».
Il y a d'abord très forte hyperglycémie, très forte glycosurie mais
sans acétone dans les urines, volume des urines important, forte déshydratation
(peau flasque, fripée, qui garde le pli après qu'on l'ait pincée entre
deux doigts ; sécheresse de la face inférieure
de la langue ; disparition de la moiteur axillaire), perte
de poids et tension artérielle basse, qui s'accentuent progressivement en quelques
jours.
Il y a ensuite, des troubles de la conscience (obnubilation, parfois entrecoupée
de phases d'agitation, puis coma), des troubles neurologiques (contractions musculaires
involontaires, convulsions), parfois de la fièvre, et la mortalité est
importante.
Autrement dit, en cas de poussée hyperglycémique très importante chez
un diabétique qui n'est pas traité par l'insuline, l'absence d'acétone
n'exclut pas une situation très grave.
Ce type de coma survient le plus souvent chez les diabétiques
de type 2, de plus de 50 ans, non traités par l'insuline, à l'occasion
d'une affection aiguë : pneumonie, angine, diarrhées...
Le problème est que bien souvent l'hyperglycémie
et l'altération de la conscience paraissent dues à l'affection aiguë,
alors que la situation est en fait beaucoup plus grave en raison de ce mode de décompensation
particulier du diabète, et l'absence d'acétone peut faire croire à
tort que la situation n'est pas grave.
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Diabète non traité par l'insuline |