![]()
![]()
Validation des choix alimentaires
par l'autosurveillance glycémique

De quoi s'agit-il ?
L'autosurveillance glycémique se résume très souvent à mesurer
sa glycémie le matin à jeun et avant le repas du soir, c'est-à-dire
aux moments où elle a le plus de chance d'être basse.
Or ce qui importe, c'est de traquer l'hyperglycémie.
Quel chasseur, ou quel pêcheur, se placent aux endroits les moins favorables
pour voir du gibier, ou attraper du poisson ?
L'autosurveillance peut être utilisée de façon raisonnée pour
valider les choix alimentaires, en regardant la glycémie avant le repas et une
heure trente après le début du repas, de manière à voir quel
a été l'effet du repas.
En effet, en l'absence de diabète, la glycémie passe habituellement de
0,80 avant le repas, à moins de 1,40 g/l une heure
trente après le début du repas, et l'individu non diabétique a en
quelque sorte «droit» à une ascension glycémique de 0,60 g/l par rapport à sa glycémie avant repas.
Le niveau maximal par lequel passe la glycémie dans les suites d'un repas est
en effet compris entre la glycémie avant repas et «0,60 en plus» par
rapport à la glycémie avant repas. Dans certains cas la glycémie maximale
n'est que de «0,20 en plus», elle est le plus souvent de «0,20 à
0,40 en plus», elle peut aussi être épisodiquement plus élevée,
mais elle n'est jamais supérieure à «0,60 en plus». Ceci dépend
de la nature du repas (un repas équilibré conduit à une ascension
glycémique plus faible qu'un repas non équilibré) ainsi que de la
«vivacité» du pancréas (les ascensions glycémiques les plus
élevées sont habituelles constatées chez les personnes «en train»
de devenir diabétiques).
En ce qui concerne le diabétique, il est logique qu'il ait aussi «droit»
à une ascension glycémique pouvant atteindre 0,60 g/l,
et par conséquent :
• si la glycémie est à 1,10 g/l avant le
repas on peut estimer que le repas était équilibré si la glycémie
une heure trente après le repas est inférieure à 1,70 g/l,
• si la glycémie est à 1,50 g/l avant le
repas on peut aussi estimer le repas était équilibré si la glycémie
une heure trente après le repas est inférieure à 2,10 g/l,
• mais plus le niveau glycémique est élevé, moins la différence
glycémique est un témoin d'un repas équilibré, car la quantité
de glucides passant dans les urines devient importante (lorsque la glycémie
est très élevée avant repas, un repas non équilibré peut
ne pas élever beaucoup la glycémie après repas).
A l'inverse, si l'ascension glycémique postprandiale est faible, par exemple
de 0,20 g/l, avec une glycémie passant de 1,10 à
1,30 g/l, on peut estimer que le repas aurait pu comporter
un peu plus de glucides, comme un fruit en fin de repas par exemple.
Autrement dit, la comparaison des glycémies avant repas et une heure trente
après le début du repas permet de valider les choix alimentaires, ainsi
que de signaler au diabétique s'il ne s'est pas privé «à tort»
d'un apport de glucides :
|
||||||||||||
|
|||
Est-ce utilisable dans tous les types de diabète ?
Cette méthode de validation des choix alimentaires est utilisable en cas
de diabète de type 2, et cette autosurveillance glycémique est bien
plus utile que de réaliser «bêtement», par habitude, une glycémie
le matin à jeun et une glycémie le soir avant le repas ou avant le coucher.
En effet, lorsqu'on ne réalise des glycémies qu'à ces moments, on
n'a que très peu d'informations sur son degré de diabète car on réalise
les glycémies aux moments où elles ont le plus de chance d'être les
plus basses (ces deux glycémies n'informent pas du tout sur les glycémies
après repas, et l'hémoglobine glyquée
(HbA1c) est bien plus utile pour connaître son degré de diabète) et
surtout elles n'apportent aucune information sur ce qu'on pourrait faire pour améliorer
la maîtrise des glycémies puisque prendre un comprimé en plus, ou
ne pas prendre un comprimé, selon la glycémie que l'on vient de faire,
ne sert à rien étant donné qu'il faut plusieurs jours pour obtenir
les effets d'un changement du nombre de comprimés contre le diabète (sauf
pour les glinides pour lesquels le nombre
de comprimés pris avant le repas influence immédiatement la glycémie
après repas).
Autrement dit, plutôt que de faire deux glycémies qui ne sont pas des bons
indicateurs du degré de diabète, et qui n'indiquent pas ce qu'on pourrait
faire pour mieux maîtriser son diabète, il est bien plus utile de faire
une glycémie avant un repas et une autre glycémie une heure trente après
le début du même repas de façon à savoir si les choix alimentaires
étaient corrects on non (par exemple, «encadrer» le petit déjeuner
le lundi, le repas de midi le mardi, le repas du soir le mercredi... ou une semaine
d'encadrement du petit déjeuner, puis une semaine d'encadrement du repas de
midi, et une semaine d'encadrement du repas du soir...). Bien sûr, lorsqu'on
a validé ses choix alimentaires pour les menus habituels qui reviennent régulièrement,
on peut alléger cette autosurveillance et privilégier les menus comportant
des aliments inhabituels ou les menus qui ne comportent pas ou peu de légumes.
|
En cas de diabète de type 2,
faire une glycémie le matin et le soir n'est pas une bonne idée |
Cette validation des choix alimentaires est également utilisable en cas de diabète
de type 1 non instable, où elle sert aussi à adapter les doses d'insuline.
Par contre, lorsque le diabète de type 1 est instable, la glycémie peut
varier de façon déconcertante par suite de mécanismes qui ne dépendent
pas des repas, de la dose d'insuline ou de l'activité physique (à une même
heure dans la journée, la glycémie peut être normale, très élevée,
ou très basse, même si l'alimentation, la dose d'insuline et l'activité
physique ont été strictement identiques à celles de la veille, et
les courbes de glycémies peuvent être très anarchiques). Dans ce cas
l'autosurveillance est très utile pour décider des doses d'insuline, mais
elle est d'autant moins indicative des choix alimentaires que le diabète est
instable.
Par ailleurs, en cas de diabète gestationnel,
ou de grossesse en cas de diabète, les critères sont plus stricts avec
une glycémie avant repas qui doit être inférieure à 0,90 g/l et une glycémie une heure trente après le début
du repas qui doit être inférieure à 1,30 g/l.
Bien entendu, des différences glycémiques élevées peuvent aussi
être le fait d'un traitement insuffisant mais cette situation est identifiable
par le profil glycémique des journées.
La glycémie avant repas est-elle nécessaire ?
Afin «d'économiser les doigts» il est tentant de se passer de la
glycémie avant repas, et de ne réaliser que la glycémie une heure
trente après le début du repas, pour valider les choix alimentaires.
Cependant c'est souvent décevant, car si la glycémie après un repas
est peu élevée cela indique que le repas était équilibré,
mais si elle est élevée cela n'apporte guère de renseignements car
cette glycémie a pu être la conséquence d'une glycémie avant
repas peu élevée suivie d'un d'un repas non équilibré, ou d'une
glycémie avant repas déjà élevée suivie d'un repas équilibré.
Quand réaliser la glycémie après repas ?
Lorsqu'on étudie les profils de glycémie après repas chez les personnes
non diabétiques (toutes les dix minutes pendant trois heures par exemple) on
constate :
• d'une part, que pour des repas strictement identiques et pris à la même
heure, le maximum de glycémie est variable selon les jours, probablement parce
que la vitesse avec laquelle se vide l'estomac n'est pas la même tous les jours,
• et d'autre part, que le moment où la glycémie passe par son maximum
dépend beaucoup de la nature du repas :
- après un petit déjeuner comportant un café, du pain et de la confiture,
le maximum peut être atteint en demi-heure, et il peut en être de même
après un repas de midi ne comportant que de la purée de pomme de terre
et une tranche de jambon (ceci est dû au fait que le pain et les pommes de terre
ont une digestion très rapide et qu'il n'y a pas, ou peu, d'autres aliments
non glucidiques ralentissant le passage des glucides, des intestins vers le sang),
- par contre, après un repas comportant des crudités, des légumes
chauds, un féculent ou mieux encore des légumes secs, de la viande ou du
poisson ou des oeufs, un laitage et un fruit, le maximum de glycémie sera atteint
beaucoup plus tardivement car les aliments non glucidiques associés abaissent
l'index glycémique du repas ;
d'autre part, bien que l'apport en glucides soit un peu plus important, le maximum
de glycémie est moins élevé.
Autrement dit :
• si on mesure la glycémie peu de temps après le début du repas,
on a de fortes chances de ne pas connaître la valeur maximale, surtout si on
veille à équilibrer ses repas de manière à ce que ce maximum
soit le plus bas et le plus tard possible,
• mais si on la mesure trop tard après le début du repas, on a de
forte de chances de trouver une valeur qui est plus basse que le maximum qui a eu
lieu une demi-heure ou une heure avant.
D'autre part, la glycémie postprandiale est destinée à être comparée
avec la glycémie avant repas, mais aussi avec les glycémies postprandiales
réalisées aux mêmes moments les jours précédents, et ceci
n'est possible que si on adopte un intervalle de temps moyen identique tous les jours.
Enfin, plus on attend pour mesurer la glycémie postprandiale, plus on se rapproche
de la glycémie d'avant repas du repas suivant dont la signification n'est pas
du tout la même : la glycémie après repas
est le témoin de la capacité du glucose alimentaire à pénétrer
dans les muscles et dans le foie pour stocker l'énergie glucidique, alors que
la glycémie avant repas est le témoin de la sortie de glucose du foie pour
assurer les dépenses glucidiques.
Pour toutes ces raisons, l'intervalle de temps le plus habituellement recommandé
est d'une heure trente après le début du repas (une heure après le
début du repas, c'est trop tôt, surtout pour le repas de midi et du soir,
tandis que deux heures après la fin du repas, c'est trop tard d'autant que cela
correspond à 45 ou 60 minutes supplémentaires par rapport à un intervalle
de temps d'une heure trente après le début du repas).
Quels repas faut-il tester ?
L'objectif étant de traquer l'hyperglycémie, le plus utile est de tester
les repas dont on pense que la composition est de nature à conduire à une
élévation excessive de la glycémie.
Les repas les plus intéressants à tester sont donc les repas comportant
des glucides en quantité non négligeable (pain et farineux, féculents,
fruits) et/ou les repas dont les aliments non glucidiques (crudités, légumes
chauds, viande ou poisson, laitage) sont absents ou en faible quantité.
Ou encore, étant donné que les études concernant les habitudes alimentaires
familiales montrent que les mères de famille ont habituellement une vingtaine
de menus «de base» qu'elles déclinent selon diverses modalités,
il est aussi possible notamment la première fois que l'on envisage de valider
ses choix alimentaires par l'autosurveillance glycémique, de tester les uns
après les autres les menus habituels, de façon à vérifier leur
effet sur la glycémie, et réfléchir à la façon dont ces
menus pourraient être équilibrés, notamment par l'ajout d'aliments
non glucidiques.
Il est également possible, lorsque les différents menus habituels ont été
testés, de procéder de façon systématique en testant le petit
déjeuner le lundi, le déjeuner le mardi, le dîner le mercredi, puis
à nouveau le petit déjeuner le jeudi...
Enfin, il est intéressant de noter qu'assez souvent c'est le petit déjeuner
qui conduit aux élévations glycémiques les plus importantes, même
lorsque le volume des aliments avalés est faible. Ceci est lié au fait
que très souvent le petit déjeuner comporte uniquement un liquide (café,
thé...) qui n'apporte pas de glucides ni d'éléments susceptibles de
ralentir la digestion, et du pain dont la moitié du poids est en fait des glucides.
D'autre part, le matin est la période de journée où la tendance hyperglycémique
est la plus forte par suite de l'effet d'hormones sécrétées en fin
de nuit (le même petit déjeuner pris le soir entraîne une moindre
élévation glycémique). Pour améliorer le petit déjeuner,
il est souvent utile de manger quelque chose en plus (tranche de jambon découenné
dégraissé ou de blanc de dinde, fromage allégé, yaourt maigre,
fromage blanc allégé, tranche de fromage toastinette, oeuf... mais aussi
tomate, concombre, carottes crues...), et le pain gris, ou mieux les pains enrichis
en fibres, se digèrent plus lentement que le pain blanc.
En résumé
L'autosurveillance peut être utilisée de façon raisonnée pour
valider les choix alimentaires, en regardant la glycémie avant le repas et une
heure trente après le début du repas, de manière à voir quel
a été l'effet du repas.
|
Le seul moyen de vérifier que
l'on ne se trompe pas dans le choix de ses aliments, est de vérifier sa glycémie
avant le repas et une heure trente après le repas, et d'en tirer les conclusions
qui s'imposent : |
Par contre, rien ne vous indiquera si votre repas contenait trop de graisses. C'est
à vous d'y faire attention à chaque repas.
|
Obtenir de «bonnes glycémies»
ne suffit pas ... |