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Pourquoi le diabète abîme-t-il
les gros vaisseaux ?
Cette atteinte, qui est appelée macroangiopathie, n'est pas différente
de celle qui touche les personnes non diabétiques, et que l'on nomme athérosclérose
ou athérome, mais elle est plus fréquente, plus étendue, et
survient à un âge plus précoce en cas de diabète non maîtrisé.
Anatomie des artères
Les artères sont constituées par trois enveloppes concentriques : la plus
interne est appelée intima, l'enveloppe du milieu est appelée média,
et l'enveloppe la plus externe est appelée adventice.
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Constitution de la plaque athéroscléreuse
La macroangiopathie est caractérisée par l'apparition de plaques athéroscléreuses
qui font saillie dans la lumière de l'artère, c'est-à-dire là
où circule le sang.
La constitution des plaques athéroscléreuses est très complexe et
les mécanismes n'en sont encore qu'imparfaitement connus. Très schématiquement,
la constitution de la plaque fait suite à la séquence suivante :
• Le cholestérol est un élément indispensable au fonctionnement
de toutes les cellules de l'organisme car il entre dans la composition des membranes
cellulaires et il est le précurseur d'hormones. Pour cette raison le foie fabrique
du cholestérol qu'il déverse dans le sang (LDL cholestérol) au niveau
de l'oreillette gauche du coeur. Le cholestérol circule ensuite dans le coeur,
puis dans l'aorte et toutes les artères, afin d'être mis à la disposition
de toutes les cellules de l'organisme. Mais le cholestérol est également
capté par les parois internes des artères, car elles sont «en première
ligne» et la concentration de cholestérol y est d'autant plus forte que
les artères sont proches du coeur et de gros calibre.
• Le cholestérol présent dans le sang s'infiltre dans l'intima de
la paroi artérielle, entre les cellules de l'endothélium (qui sont en contact
avec le sang) et les cellules musculaires de la média.
• La présence des particules de cholestérol
dans l'intima entraîne leur oxydation, avec pour conséquence une altération
du fonctionnement de l'endothélium, qui attire alors certains globules blancs
du sang, appelés monocytes, spécialisés dans le «nettoyage»
de l'organisme.
• Ces globules blancs adhérent aux cellules de l'endothélium en regard
des dépôts de cholestérol, puis s'infiltrent eux aussi dans la paroi
de l'artère, où ils se transforment en macrophages, pour épurer l'intima
de la surcharge en cholestérol. Les macrophages parviennent au contact des particules
de cholestérol, les entourent, puis les absorbent, ce qui aboutit à des
macrophages chargés en vésicules de cholestérol que l'on appelle cellules
spumeuses. Par ailleurs, les macrophages infiltrés dans la paroi artérielle
ont la capacité de s'y multiplier afin de mieux accomplir le travail d'épuration,
et d'autres types de globules blancs notamment des lymphocytes T s'infiltrent également
dans l'intima.
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Ces événements conduisent à une réaction inflammatoire chronique
au sein de la paroi artérielle avec sécrétion :
• de substances qui favorisent l'adhésion d'autres monocytes à l'endothélium
afin de participer à l'épuration du cholestérol, ainsi que l'adhésion
d'autres lymphocytes,
• de substances qui favorisent la migration des cellules musculaires de la média
vers l'intima,
• de substances qui favorisent la production par les cellules musculaires, de
collagène et d'autres protéines dans l'intima,
• et aussi de substances qui favorisent la dégradation des protéines
présentes dans l'intima.
La plaque athéroscléreuse est donc le résultat d'une réaction
inflammatoire, dont le but originel était l'épuration de la surcharge en
cholestérol de l'intima, mais qui s'est «emballée» avec pour
résultat la constitution, autour d'un centre lipidique, d'une capsule fibromusculaire
qui est le siège de facteurs accumulants et de facteurs détruisants ce
que l'on appelle la matrice extracellulaire, c'est-à-dire les fibres et substances
situées entre les cellules présentes dans l'intima.
Il faut souligner que l'inflammation est un mode normal de réaction vis-à-vis
d'une agression, et que son but est la réparation. Par contre, l'inflammation
devient chronique quand l'agression se répète ou se perpétue, et si
elle dépasse son but, elle peut alors devenir source de lésions.
Il faut également souligner que ce mécanisme d'épuration de la surcharge
en cholestérol n'aboutit habituellement pas à une plaque athéroscléreuse,
mais à la disparition des dépôts artériels de cholestérol.
Cependant, dans certaines localisations de pression sanguine localement plus forte
(bifurcations des artères par exemple), de turbulences ou de stagnation dans
l'écoulement du sang, ou de forces de cisaillements, la pénétration
des particules de cholestérol dans l'intima est plus forte, de même que
la réaction inflammatoire, ce qui conduit à une impossibilité d'épuration
complète laissant persister un dépôt de cholestérol, et à
une réaction inflammatoire chronique excessive, conduisant à la formation
de la plaque athéroscléreuse.
Ce processus normal de vieillissement des artères est amplifié par ce que
l'on appelle les facteurs de risque vasculaire : hypercholestérolémie,
tabagisme, hypertension, diabète, sédentarité, excès de poids,
alimentation riche en graisses saturées. Par ailleurs, on envisage aussi qu'il
puisse exister des facteurs génétiques favorisant l'athérosclérose,
ainsi que d'autres facteurs extérieurs comme l'intervention de certaines bactéries,
soit présentes au niveau des plaques, soit par l'intermédiaire d'une réaction
inflammatoire induite par des bactéries non présentes dans les plaques
(réaction inflammatoire dirigée contre des protéines des parois artérielles
qui auraient une parenté de structure avec des protéines de ces bactéries).
Evolution de la plaque athéroscléreuse
• La production de fibres de collagène et de substances favorisant la dégradation
des protéines, a pour conséquence la présence de zones de rigidité
et de zones de moindre résistance, et la capsule fibromusculaire a souvent une
structure lamellaire comportant des zones de moindre résistance.
• La modification du fonctionnement de l'endothélium conduit également
à une plus grande adhésion à l'endothélium des plaquettes sanguines
en regard de la capsule fibromusculaire (les plaquettes sont le premier maillon des
mécanismes de coagulation conduisant à la formation de caillots), et il
y a aussi diminution de la capacité à dissoudre les caillots en formation.
• Les remaniements permanents qui se produisent dans la plaque, avec zones de
rigidité et zones de moindre résistance, conduisent à des fissurations
de sa capsule avec constitution de petits hématomes dans la paroi de l'artère
(le sang s'infiltre dans la paroi par les fissures) et formation de petits caillots
au niveau des fissures. Ces ébauches de caillots sont cependant rapidement détruites
car elles sont de très petite taille, et à ce stade d'évolution de
la plaque la capacité de dissolution des ébauches de caillots est diminuée
mais finit cependant à être efficace.
• Par ailleurs, comme la plaque est un tissu qui est d'une part en situation
anormale, et d'autre part en croissance, elle génère la formation de petits
vaisseaux nourriciers de la plaque, à l'intérieur même de la paroi
de l'artère, et il peut y avoir hémorragie dans la plaque, à partir
de ces petits vaisseaux anormaux, sans qu'il y ait eu fissuration initiale de la
plaque à l'origine de l'hématome.
Ces mécanismes conduisent progressivement à la croissance de la plaque
par accroissement du centre lipidique, accroissement de la capsule fibromusculaire,
et intégration des hématomes dans la plaque, ce qui favorise également
la création de zones de moindre résistance. La plaque fait saillie dans
la lumière de l'artère, et la média en regard est fréquemment
réduite, en conséquence probable de l'activité des macrophages.
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Complications de la plaque athéroscléreuse
Sténose
La croissance de la plaque est un phénomène très lent, et jusqu'à
un certain point de son développement la plaque athéroscléreuse ne
modifie pas le calibre de la lumière artérielle car il existe un remodelage
vasculaire qui préserve le calibre artériel malgré la progression
de la plaque athéroscléreuse. Ce remodelage vasculaire est un phénomène
normal qui existe aussi pour les artères saines. Cependant, lorsque cette adaptation
compensatrice a atteint son maximum, toute augmentation de taille de la plaque retentit
sur la lumière artérielle avec consitution d'un rétrécissement
appelé sténose.
| La sténose commence à apparaître lorsque la plaque présente dans la paroi de l'artère occupe plus de 40 % de la surface délimitée par la limitante élastique interne. La progression de la sténose entraîne ensuite une diminution du débit sanguin dans l'artère, et une réduction par 2 du diamètre de la lumière artérielle entraîne une réduction du débit sanguin possible par 4, étant donné que la surface de la lumière artérielle est égale à pi x diamètre x diamètre / 4. | ![]() |
Les manifestations d'une sténose ne commencent cependant à apparaître
qu'à partir du moment où elle occupe plus de 70 % de la surface de la lumière
artérielle. La longueur et la géométrie du rétrécissement
interviennent également car elles conditionnent aussi la réduction de débit.
Les symptômes dépendent de l'organe qui est irrigué par l'artère
sténosée, et le dénominateur commun est que ces manifestations apparaissent
lorsque l'artère ne peut pas assurer le débit nécessaire au fonctionnement
de l'organe, notamment à l'effort ou en cas d'émotions ou de stress. L'impossibilité
d'assurer le débit sanguin entraîne une souffrance de l'organe, ou de la
partie de l'organe, situé en aval de la sténose : au niveau du coeur, une
sténose coronaire entraîne des douleurs d'angine de poitrine à l'effort
; au niveau des artères des membres inférieurs, une sténose entraîne
des douleurs dans les muscles des membres inférieurs après une certaine
distance de marche (claudication intermittente).
Anomalies de la vasomotricité
Une plaque athéroscléreuse est toujours associée à une altération
du fonctionnement de l'endothélium. Cette altération participe à la
constitution de la plaque (voir ci-dessus) mais il
s'y ajoute une altération de la régulation de la vasomotricité artérielle,
qui est une fonction très importante de l'endothélium.
En effet, normalement, lorsque le débit sanguin augmente, notamment à l'effort,
il se produit une augmentation des forces de cisaillement sur les parois artérielles
résultant de l'augmentation de la pulsatilité du sang. Ces forces de cisaillement
sont perçues par les cellules de l'endothélium, qui en réponse synthétisent
des molécules relaxantes qui diffusent vers les cellules musculaires de la paroi
artérielle, ce qui conduit à une dilatation de l'artère. Ce phénomène
de dilatation dépendante du débit, joue un rôle capital dans l'ajustement
normal des résistances que les parois des artères opposent aux variations
de la pression sanguine. D'autre part, il intervient également en cas d'apport
insuffisant en oxygène par suite de sténoses par exemple.
L'endothélium normal libère donc localement des substances (en particulier
le monoxyde d'azote et la prostacycline) qui exercent une puissante action de relaxation
du muscle artériel, avec pour conséquence une dilatation du diamètre
de l'artère lorsque le débit augmente.
Autrement dit, le maintien d'un diamètre artériel optimal est dépendant
du bon fonctionnement de l'endothélium de cette artère.
Par contre, lorsqu'il existe un dysfonctionnement endothélial, l'endothélium
est incapable d'assurer cette fonction essentielle de régulation du diamètre,
et on assiste à l'inverse à une vasoconstriction, c'est-à-dire à
un rétrécissement du diamètre de l'artère, qui peut avoir des
conséquences importantes sur le débit et entraîner des symptômes.
De plus, cette perturbation fonctionnelle peut être très précoce et
survenir alors que le réseau artériel n'est pas encore le siège de
sténoses athéroscléreuses sévères.
Thrombose
Les sténoses, ou l'altération de la régulation de la vasomotricité,
peuvent entraîner des réductions de débit à l'origine de symptômes,
mais la gravité de la plaque athéroscléreuse réside essentiellement
dans sa capacité à déclencher des phénomènes de coagulation
dans l'artère, avec formation d'un caillot qui peut réduire brutalement
le débit dans l'artère, voire qui peut bloquer complètement la circulation
du sang en aval du caillot.
En effet, la plaque athéroscléreuse réunit les facteurs propices à
l'initiation d'un phénomène de coagulation car il y a :
- d'une part, une activation de l'adhésion des plaquettes sanguines à l'endothélium,
et une diminution de la capacité à dissoudre les caillots en formation,
- et d'autre part, une hétérogénéité de structure de la
capsule fibromusculaire, qui est le siège de remaniements permanents pouvant
amener la capsule à se rompre et à mettre en contact le sang et les structures
internes de la plaque.
Or, dès qu'un tissu est en contact avec le sang «alors que ce tissu n'est
pas prévu pour cela», il y a activation des phénomènes de coagulation
afin de colmater la plaie. Ce phénomène général, dont le rôle
est d'arrêter une hémorragie consécutive à une plaie d'un vaisseau,
peut en effet se produire au niveau de la paroi artérielle car seul l'endothélium
«est prévu» pour ne pas entraîner de phénomène de coagulation
au contact du sang. D'autre part, les plaquettes, n'ont pas uniquement pour rôle
normal de s'agglutiner sur la brèche vasculaire pour faire obstacle à la
fuite sanguine. Elles libèrent également des facteurs vasoconstricteurs
dans le but de réduire le diamètre du vaisseaux qui saigne.
La conséquence d'une brèche dans la plaque athéroscléreuse est
donc un phénomène de coagulation associé à un spasme artériel.
• S'il y a simplement érosion de la plaque, il se forme un caillot
à l'endroit de cette érosion, ce qui entraîne des symptômes si
la réduction de débit occasionnée par le caillot est importante. Puis
le caillot peut :
- soit disparaître si la capacité de d'endothélium à activer
la dissolution des caillots est encore suffisante,
- soit être incorporé dans l'épaisseur de la plaque avec reconstitution
d'une chape fibreuse, elle-même recouverte de cellules endothéliales, et
participer ainsi à l'apparition d'une sténose significative,
- soit persister, avec une taille fluctuant au gré des processus de constitution
et de dissolution du caillot,
- soit persister et s'accroître tout en restant flottant dans la lumière
de l'artère, avec risque de rupture du caillot qui est alors déplacé
en aval par le courant sanguin (embolie), jusqu'à venir boucher une artère
dont le diamètre est trop faible pour autoriser la progression du caillot,
- soit persister et s'accroître en adhérant à la circonférence
de l'artère, ce qui entraîne une obstruction complète de l'artère
et l'arrêt de la circulation du sang en aval, malgré la pression artérielle
présente en amont du caillot.

Erosions de plaques
• S'il y a fissure de la plaque, les conséquences sont identiques
à celle d'une érosion, avec de plus constitution d'un plan de clivage (zone
de décollement) au sein de la plaque qui sera susceptible de favoriser ultérieurement
une rupture de la plaque à partir de cette zone de moindre résistance.
La création d'un plan de clivage est d'autant plus fréquente que la fissure
a un trajet concentrique à la paroi de l'artère, et ceci est favorisé
par la structure souvent lamellaire de la plaque.
• S'il y a rupture de la plaque, les conséquences sont identiques
à celle d'une érosion ou d'une fissure, mais les berges de la rupture jouent
un rôle aggravant par l'obstacle qu'elles placent dans la lumière de l'artère,
notamment par le soulèvement des berges sous l'effet de l'écoulement sanguin.
De plus, à la suite d'une rupture, les structures internes de la plaque sont
alors largement exposées aux constituants du sang, ce qui conduit à une
activation très puissante et rapide des phénomènes de coagulation.
D'autre part, la rupture de la plaque permet aux facteurs vasoconstricteurs libérés
par les plaquettes de stimuler directement les cellules musculaires de la paroi artérielle,
ce qui est un facteur supplémentaire de réduction du débit.

Plaque rompue (photographie dans l'axe de l'artère)

Plaque rompue (détail des berges)
Il faut souligner qu'une érosion, ou une fissure, ou une rupture de la plaque,
ne sont pas douloureuses en elles-mêmes, et qu'assez souvent le phénomène
de coagulation est progressivement résolutif sans entraîner de symptômes
si le débit sanguin dans l'artère reste suffisant pour les tissus situés
en aval du caillot.
Par contre, si le débit devient insuffisant, soit à l'effort, soit au repos
au gré des phases d'extension et de dissolution du caillot, des symptômes
apparaissent : angine de poitrine et infarctus du myocarde pour les artères
coronaires, douleurs dans les muscles des jambes ou ischémie aiguë pour
les artères des membres inférieurs.
D'autre part, étant donné que c'est la réduction du débit sanguin
en aval qui est responsable de symptômes, une sténose coronaire peu sévère
peut être responsable d'un infarctus du myocarde si le caillot qui s'y développe
obstrue complètement l'artère. Cependant, une rupture de plaque ne déclenche
pas obligatoirement un phénomène de coagulation car il existe une susceptibilité
individuelle à la thrombose lorsque survient une érosion ou une rupture
de plaque.
Enfin, qu'ils s'agissent de sténoses, ou de ruptures de plaque avec ou sans
caillot obstruant, les conséquences dépendent également de la possibilité
ou non d'un apport sanguin par d'autres voies en aval du rétrécissement
:
• Au niveau des membres inférieurs, l'activité physique régulière
développe une circulation collatérale de suppléance qui permet un
apport sanguin au même endroit par plusieurs artères, et la réduction
du débit dans une des artères a des conséquences moindres qu'en l'absence
de ce réseau collatéral de suppléance.
• Au niveau du cerveau, il n'y a pas possibilité de développement
d'un réseau collatéral de suppléance, même par une activité
cérébrale intensive :-) mais l'apport sanguin peut dans une certaine
mesure être assuré par les autres artères qui irriguent normalement
le cerveau, éventuellement par une circulation sanguine en sens inverse de la
normale dans un ou plusieurs segments artériels.
• Au niveau du coeur, la circulation coronaire normale est de type terminal,
c'est-à-dire que chaque zone du muscle cardiaque est irriguée par une seule
branche artérielle, et il n'y a normalement pas d'apport de sang d'une zone
vers une autre. Cependant, même en l'absence de toute athérosclérose,
il existe de tout petits vaisseaux épicardiques (à la surface externe du
coeur) qui relient les principales branches coronaires. Le débit dans ces vaisseaux
est cependant minime et ils ne jouent aucun rôle lors des variations normales
du débit coronaire. Par contre, en cas de diminution très importante de
débit dans une artère coronaire, le débit peut augmenter rapidement
dans les vaisseaux épicardiques de la zone du coeur correspondant à cette
artère.
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Schéma d'ensemble

Vulnérabilité de la plaque athéroscléreuse
Il existe deux catégories de facteurs qui favorisent les ruptures de plaques.
Facteurs généraux de vulnérabilité
Ce sont les facteurs qui peuvent augmenter les contraintes mécaniques au niveau
des plaques, comme par exemple une poussée d'hypertension artérielle ou
un effort important. Ces facteurs s'appliquent à l'ensemble des plaques existant
chez un individu à un moment donné.
Facteurs spécifiques de vulnérabilité
Ces facteurs représentent la vulnérabilité au sens strict des plaques,
et ils dépendent de la localisation de la plaque (le type et la vitesse de l'écoulement
sanguin au contact de la plaque impose des contraintes mécaniques différentes
selon la localisation de la plaque), ainsi que de la structure de chaque plaque :
- volume de la plaque par rapport au diamètre de l'artère,
- épaisseur de la capsule fibromusculaire par rapport au volume du centre lipidique,
- activité biochimique au sein de la capsule (importance des facteurs détruisants
la matrice extracellulaire par rapport aux facteurs accumulants).
Dans deux tiers des syndromes coronariens aigus, la sténose initiale est inférieure
à 50 %, et elle ne dépasse 70 % (seuil habituel pour qu'une sténose
entraîne une réduction de débit) que dans 1 cas sur 7 !
Ce sont donc les plaques peu sténosantes, et de volume modéré par
rapport au diamètre de l'artère, qui ont le risque le plus élevé
de rupture, car les plaques très sténosantes, c'est-à-dire rétrécissant
beaucoup la lumière de l'artère, ont généralement une capsule
fibromusculaire épaisse.
La stabilité d'une plaque dépend en effet plus de sa composition que de
son volume dans la paroi artérielle, et l'intégrité de sa capsule
fibromusculaire est un élément déterminant.
Les plaques vulnérables sont celles dont le centre lipidique est important et
dont la capsule est relativement fine. Par contre, les plaques stables, c'est-à-dire
celles qui ont un faible risque d'évoluer vers une rupture, ont généralement
un centre lipidique de petite taille et isolé de la lumière artérielle
par une capsule fibromusculaire épaisse.
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L'épaisseur et surtout la solidité de la capsule fibreuse apparaissent
donc déterminantes dans la stabilité de la plaque.
La solidité de la plaque dépend de la présence des protéines
de la matrice extracellulaire. Ces protéines, qui limitent le risque de rupture
sous l'effet des contraintes mécaniques, sont essentiellement produites par
les cellules musculaires de la média qui ont migré dans l'intima. Par conséquent,
cette migration cellulaire qui a été un facteur important dans la constitution
de la plaque, devient un facteur de stabilité dans les plaques matures, de par
la production de matrice extracellulaire qu'elles assurent, avec formation d'une
capsule épaisse et solide diminuant le risque d'évolution vers la rupture.
A l'inverse, la vulnérabilité de la plaque est fortement liée aux
processus biochimiques présents dans la plaque, notamment des enzymes appelées
métalloprotéinases, qui fragilisent la matrice extracellulaire. De nombreux
types de cellules de la plaque sont capables de produire ces enzymes, mais ce sont
surtout les macrophages situés en périphérie du centre lipidique qui
en sécrètent, ce qui n'est pas très étonnant étant donné
que les macrophages sont en quelque sorte des «cellules nettoyeuses» équipées
du matériel nécessaire pour réaliser leur travail. Cependant, l'activité
des métalloprotéinases est en partie neutralisée par d'autres protéines,
appelées inhibiteurs des métalloprotéinases.
Il existe donc à l'intérieur de chaque plaque un équilibre complexe
entre les métalloprotéinases et leurs inhibiteurs, qui détermine l'intensité
de la dégradation de la matrice extracellulaire réalisée par les macrophages,
et qui fluctue selon le degré de la réaction inflammatoire chronique dont
la plaque est le siège. L'altération de la plaque par les macrophages conduit
à une poussée inflammatoire qui accroît la sécrétion des
métalloprotéinases, puis la dégradation protéique qui en résulte
stimule la sécrétion des inhibiteurs des métalloprotéinases,
ce qui freine la réaction inflammatoire. Mais la matrice extracellulaire est
fragilisée à chaque poussée inflammatoire, ce qui favorise la rupture
si la synthèse protéique réalisée par les cellules musculaires
n'est pas suffisante, avec parallèlement accroissement du volume de la plaque.
La vulnérabilité d'une plaque dépend donc de différents paramètres
dont le principal (l'activité biochimique constructrice et destructrice) est
cependant difficilement quantifiable et d'évolution non prévisible.
Susceptibilité individuelle à la thrombose
La rupture d'une plaque ne déclenche pas nécessairement un phénomène
de coagulation car il existe une susceptibilité individuelle à la thrombose,
et comme pour la rupture de plaque on peut distinguer des facteurs généraux
et spécifiques.
Facteurs généraux favorisant la thrombose
Ces facteurs regroupent les anomalies des plaquettes, du système de la coagulation,
du système de la dissolution des caillots, et des facteurs régulant les
rapports des cellules du sang entre elles pendant l'écoulement sanguin. La «réactivité
du système de coagulation» n'est en effet pas identique chez tout le monde,
et certaines personnes font plus facilement des caillots que d'autres personnes.
Facteurs spécifiques favorisant la thrombose
Ces facteurs correspondent aux composants de la plaque qui sont exposés au sang
lors de l'érosion ou de la rupture de la plaque. De nombreuses substances présentes
dans la plaque sont susceptibles d'activer la coagulation : collagène, acides
gras, phospholipides, et surtout une protéine appelée facteur tissulaire
qui est actuellement supposé être l'acteur principal de la thrombose en
cas de rupture de la plaque, car la quantité de facteur tissulaire est nettement
plus élevée dans les plaques responsables d'une angine de poitrine instable,
que dans les plaques qui s'expriment sous la forme d'une angine de poitrine stable.
Rôle aggravant du diabète
Les mécanismes de l'athérosclérose qui viennent d'être évoqués
sont présents chez tous les individus non diabétiques.
Ils débutent dès la naissance, s'accentuent avec les années, et correspondent
au vieillissement normal des artères. Ils sont également favorisés
par l'hypercholestérolémie, l'hypertension artérielle, le tabagisme,
la sédentarité, l'excès de poids, l'alimentation riche en graisses
saturées.
Ces mécanismes ne sont donc pas spécifiques au diabète, mais chez
le diabétique ils sont accentués pour diverses raisons :
• Le diabète entraîne bien souvent d'une augmentation des graisses
dans le sang (environ 30 % des diabétiques ont ce problème, alors qu'il
n'est présent que chez environ 3 % de la population générale).
• Par suite du souci d'éviter les aliments hyperglycémiants, les diabétiques
risquent malheureusement à tort de consommer trop de graisses.
• L'hypertension favorise la survenue de lésions de l'endothélium,
et le diabète favorise l'hypertension (environ 30 % des diabétiques sont
hypertendus).
• Le diabète entraîne des modifications de l'adhésion des plaquettes
et de la viscosité du sang.
• La glycosylation de l'hémoglobine transportée par les globules rouges
(c'est-à-dire l'imprégnation en sucre de l'hémoglobine) entraîne
un moindre transfert de l'oxygène des globules rouges vers les tissus.
• Certaines hormones, telle l'hormone de croissance et les catécholamines,
sont à des niveaux élevés chez les diabétiques mal contrôlés,
ce qui contribue au développement de l'athérome, alors que ces facteurs
n'interviennent pas chez les non diabétiques.
• Le diabète a un déterminisme génétique, et il est possible
que certains diabétiques aient des facteurs génétiques artériels
pouvant favoriser l'athérome.
• Enfin, le tabagisme intervient de multiples façons : rôle toxique
de la nicotine sur la paroi artérielle, moindre transport de l'oxygène
par le sang, augmentation de l'agrégabilité des plaquettes, diminution
du «bon cholestérol», augmentation des catécholamines...
De plus, l'hyperglycémie chronique a un effet nocif direct qui s'ajoute à
la souffrance silencieuse due la réduction du débit sanguin en aval de
la plaque athéroscléreuse :
• L'excès de glucose réagit avec certaines protéines, et enrichit
ces protéines en sucre. Or ce processus, appelé glycosylation, perturbe
le fonctionnement des tissus et entraîne en quelque sorte un vieillissement
accéléré des tissus dans lesquels elle se produit.
• L'hyperglycémie chronique abîme également les petits vaisseaux,
et les conséquences de cette atteinte au niveau des petits vaisseaux nourrissants
les gros vaisseaux, s'ajoute à celle l'atteinte des gros vaisseaux.
Ces éléments expliquent probablement, au moins en partie :
• que les lésions athéroscléreuses chez le diabétique sont
volontiers présentes sur un plus grand nombre d'artères, et plus nombreuses
sur une même artère,
• que le surcroît de sténoses observées chez les diabétiques,
sont des sténoses modérées (inférieures à 70 %),
• que les lésions sont plus volontiers distales, c'est-à-dire situées
sur la partie terminale des artères,
• qu'une réduction brutale de débit dans une artère a potentiellement
plus de conséquences du fait de l'altération de la microcirculation dans
les tissus situés en aval.
D'autre part, il n'est pas exclu que les perturbations métaboliques du diabète
puissent contribuer à des modifications des processus biochimiques présents
dans les plaques athéroscléreuses, avec pour conséquence une plus
grande vulnérabilité des plaques.
On peut retenir
Très schématiquement, les plaques d'athérosclérose peuvent être
deux types :
• Les sténoses stables sont le fruit d'une longue évolution.
Leur durée d'installation permet la mise en place de processus adaptatifs, aussi
bien du réseau artériel que des tissus situés en aval de la sténose.
Les symptômes d'une sténose commencent à apparaître à partir
du moment où elle occupe plus de 70 % de la surface de la lumière artérielle,
et lorsque la demande en oxygène tissulaire augmente, comme à l'effort
par exemple, ou en cas d'émotions ou de stress. Le terme évolutif peut
être l'occlusion complète qui ne s'accompagne pas toujours de manifestations
aiguës si une circulation collatérale de suppléance a pu se développer.
• Les plaques instables, sans être nécessairement volumineuses,
sont susceptibles de provoquer des manifestations aiguës en déclenchant
caillots et spasmes. Il n'existe pas de corrélation étroite entre le volume
de la plaque et la survenue d'un caillot et/ou d'un spasme. Dans deux tiers des syndromes
coronariens aigus, la sténose initiale est inférieure à 50 %, et elle
ne dépasse 70 % que dans 1 cas sur 7. Les manifestations brutales qui en découlent
sont beaucoup plus sévères que celles résultant des sténoses
stables.
En cas de diabète, les lésions athéroscléreuses sont volontiers
présentes sur un plus grand nombre d'artères, sont plus nombreuses sur
une même artère, et ce surcroît de sténoses observées chez
les diabétiques sont des sténoses modérées, c'est-à-dire
celles qui sont le plus susceptibles de provoquer des manifestations aiguës.