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Traitement de la neuropathie diabétique
Il n'y a pas de «traitement miracle» pour faire disparaître les symptômes
de la neuropathie diabétique, et même si de nombreuses recherches portent
sur la mise au point de médicaments agissant sur les mécanismes de la neuropathie,
le parfait contrôle du diabète est actuellement le meilleur traitement
préventif et curatif de la neuropathie.
Traitement des mécanismes de la neuropathie
Le parfait contrôle du diabète est le meilleur traitement préventif
de la neuropathie diabétique, et c'est aussi le meilleur moyen pour éviter
les rechutes des mononévrites.
Dans l'étude DCCT qui a étudié l'influence
du contrôle glycémique sur les complications, un bon contrôle glycémique
a réduit de 69 % l'apparition de la neuropathie et a ralenti dans 57 % des cas
l'évolution d'une neuropathie déjà présente, par rapport à
la fréquence notée chez les diabétiques ayant un moins bon contrôle
glycémique.
La normalisation des glycémies, au besoin par pompe à insuline, permet
également de faire régresser sensiblement les douleurs intenses et rebelles
à tous les autres traitements. Cependant, lorsque la situation est évoluée,
la normalisation glycémique peut entraîner une aggravation initiale transitoire
des douleurs.
Les autres traitements visant à agir, de façon préventive ou curative,
sur les mécanismes de la neuropathie sont encore en expérimentation, notamment
les traitements antiplaquettaires pour réduire le risque d'occlusion des petits
vaisseaux des nerfs par des caillots plaquettaires, les inhibiteurs de l'aldose-réductase
pour empêcher l'accumulation du sorbitol dans le nerf, les anti-oxydants et
les inhibiteurs de la glycation des protéines. D'autre part, les différents
médicaments expérimentés jusqu'à présent se sont avérés
insuffisamment efficaces ou générateurs d'effets secondaires trop importants
pour permettre d'envisager leur utilisation chez l'homme.
Traitement des symptômes
Traitement de la douleur et des dysesthésies
Les antalgiques classiques peuvent être utiles, mais ils ne sont souvent que
partiellement efficaces. Certains médicaments agissant sur le système nerveux,
bien que n'ayant pas d'action sur les douleurs classiques comme les douleurs dentaires
ou les douleurs rhumatismales, peuvent avoir une action très bénéfique
sur les douleurs d'origine neurologique comme dans la neuropathie diabétique.
C'est notamment le cas de certains antidépresseurs et antiépileptiques.
Les doses nécessaires sont habituellement moindres que celles utilisées
dans la dépression ou l'épilepsie. Il est important de débuter ces
traitements progressivement et en les prenant le soir, en raison de leur possible
action sédative, qui s'estompe toutefois lorsque la dose «de croisière»
est atteinte. Dans le même ordre d'idée, certains médicaments dérivés
des anesthésiques peuvent également être intéressants. Par contre,
les vitamines du groupe B sont assez souvent inefficaces.
Traitement des troubles moteurs
Il n'y a pas de traitement spécifique pour accélérer la régression
des troubles moteurs (moindre force ou paralysie) liés au diabète. Par
contre des glycémies normales, éventuellement obtenues à l'aide d'une
pompe à insuline pendant plusieurs mois, sont nécessaires pour espérer
la régression de ce problème, et éviter la récidive. L'évolution
des mononévrites est habituellement bonne :
• Si la lésion vasculaire ou la compression n'ont pas entraîné
une destruction du nerf, une régénération nerveuse peut se produire
par bourgeonnement de la racine vers l'extrémité. Cette régénération
est cependant très lente, de l'ordre d'un millimètre par jour.
• La qualité de la récupération dépend de la nature et de
l'étendue de la lésion (sévérité de l'atteinte vasculaire,
durée et intensité de la compression), et de la longueur du nerf qui peut
varier de quelques centimètres (nerfs crâniens) à plus d'un mètre
(nerfs des pieds).
• La guérison peut nécessiter quelques mois à plus d'un an, et
elle peut être incomplète.
Dénervation cardiaque
Les manifestations de la dénervation cardiaque (tachycardie de repos et moindre
adaptation de la fréquence cardiaque aux changements de position et à l'effort)
ne nécessitent habituellement pas de traitement spécifique. Par contre,
l'existence d'une dénervation cardiaque doit inciter à un dépistage
rigoureux de l'insuffisance coronaire (car les douleurs d'angine de poitrine et d'infarctus
du myocarde sont alors souvent absentes) ainsi que des troubles du rythme cardiaque.
Enfin, elle rend nécessaire une surveillance toute particulière en cas
d'anesthésie générale, avec notamment traitement préalable de
toute infection pulmonaire afin de ne pas majorer risque anesthésique.
Hypotension orthostatique
Le traitement de l'hypotension orthostatique passe d'abord par l'élimination
des médicaments susceptibles de la favoriser, et par l'arrêt d'un éventuel
régime sans sel. Des méthodes mécaniques peuvent être utiles
: bas de contention élastique des membres inférieurs avant le lever, lever
prudent en deux temps avec pause en position assise, surélévation de 20
à 30 cm de la tête du lit, soit de façon habituelle, soit en cas d'alitement
le jour et la nuit en en raison d'une maladie. Si la période postprandiale favorise
l'hypotension orthostatique, on peut conseiller une consommation double de café
à la fin des repas et d'éviter les efforts après les repas. Sur le
plan médicamenteux, on utilise habituellement des dérivés de l'ergot
de seigle à dose forte, et éventuellement, s'il n'y a pas d'hypertension
artérielle ni de contre-indication cardiologique, un dérivé hormonal
favorisant la rétention du sodium. D'autres traitements moins conventionnels
peuvent été essayés, mais ils ne peuvent souvent pas être utilisés
au long cours en raison de leurs effets secondaires.
Gastroparésie
L'alimentation doit être de préférence semi liquide et fragmentée,
et il est souhaitable d'éviter les fibres alimentaires. La position allongée
sur le côté droit après les repas peut être utile, avec éventuellement
pression abdominale manuelle dans cette position. L'évacuation gastrique peut
être améliorée par certains médicaments à prendre trente
minutes avant le début des repas. Un antibiotique du groupe des macrolides,
qui a aussi pour effet d'accélérer l'évacuation gastrique, peut également
être essayé en cure de trois à quatre semaines. Si la gastroparésie
a des conséquences glycémiques (hypoglycémie précoce et/ou hyperglycémie
tardive) il logique d'essayer de déplacer les injections d'insuline rapide (injections
un certain temps après les repas).
Entéropathie diabétique
On utilise habituellement en première intention des antibiotiques pour lutter
contre la pullulation microbienne. L'utilisation de gélules ou de sachets de
levures médicinales est également intéressante (en se développant
dans l'intestin, les levures empêchent le développement des autres microbes)
en traitement exclusif ou associé aux antibiotiques. Par contre, les traitements
«paralysant l'intestin» ne doivent pas être utilisés seuls, même
s'ils peuvent stopper la diarrhée, car il y a alors une plus grande pullulation
microbienne. Si les traitements de la pullulation microbienne laissent persister
de la diarrhée, on a alors recours aux médicaments agissant sur le système
nerveux (certains antidépresseurs et antiépileptiques) ou à d'autres
traitements moins conventionnels, mais les extraits pancréatiques ne sont pas
efficaces en dehors d'une pancréatite chronique associée.
Neuropathie vésicale
Les vessies hyperactives et les vessies hypoactives bénéficient de traitements
médicamenteux qui ne sont pas identiques. Le problème des vessies hypoactives
est l'évolution vers un résidu vésical, l'infection et la rétention
urinaire chronique. Elles nécessitent avant tout des mesures préventives
: contrôler au mieux le diabète afin de limiter la glycosurie et par conséquent
limiter le volume des urines, dépister et traiter toute infection urinaire,
éviter au maximum les sondages urinaires. Dans les atteintes vésicales
légères, la rééducation mictionnelle apporte souvent une aide
appréciable. Dans les atteintes plus sévères, des médicaments
qui augmentent la tonicité de la vessie ou qui diminuent la résistance
du sphincter peuvent être essayés s'il n'y a pas de contre-indication urologique,
mais leur tolérance n'est pas toujours bonne. Enfin, en cas de rétention
vésicale chronique résistante aux médicaments, la méthode des
autosondages est la meilleure solution pour supprimer le résidu et empêcher
les infections. Cette méthode nécessite cependant une technique irréprochable
et le dépistage régulier d'une infection.
Neuropathie génitale
Chez l'homme, l'éjaculation rétrograde, qui est secondaire à un défaut
de fermeture des sphincters internes, peut être traitée par différents
médicaments mais ils peuvent aggraver les troubles vésicaux et ne sont
pas toujours bien tolérés sur le plan cardiovasculaire.
L'impuissance est pratiquement toujours multifactorielle. Parallèlement aux
investigations, il est nécessaire de contrôler au mieux le diabète
pour obtenir une hémoglobine glycosylée inférieure à 8 %, et
d'arrêter transitoirement les médicaments pouvant être responsables
d'impuissance, ainsi que la prise de boissons alcoolisées. Ceci peut parfois
suffire à rétablir la situation antérieure, et est de toute façon
nécessaire quelle que soit la cause de l'impuissance. Si l'examen clinique plaide
en faveur d'une impuissance fonctionnelle (existence d'érections nocturnes ou
au réveil), une prise en charge de la composante psychologique et un petit traitement
vasoactif sont souvent suffisants. Dans le cas contraire, des examens complémentaires
sont nécessaires : pléthysmographie pénienne nocturne pour mieux préciser
le caractère fonctionnel ou organique, dosages hormonaux, doppler et éventuellement
artériographie, bilan musculaire périnéal, bilan du degré de
neuropathie vésicale associée. La rééducation périnéale
améliore souvent la situation en cas d'hypotonie périnéale. Certaines
atteintes artérielles peuvent bénéficier d'un geste de revascularisation.
Un test thérapeutique consistant en une injection locale d'un produit vasoactif
peut également être réalisé. Ce test ne permet pas de rapporter
formellement l'impuissance à une cause précise, mais s'il s'avère
concluant (très souvent cas en cas de neuropathie, moins souvent en cas d'atteinte
artérielle), peut être proposé à titre de «starter»
ou pour dissiper l'angoisse de l'échec. Une alternative peut être l'utilisation
d'une pompe à vide, qui induit une turgescence pénienne par dépression
mécanique. L'intérêt du Viagra chez le diabétique est en cours
d'évaluation. La mise en place d'une prothèse est une solution ultime qui
n'améliore pas les possibilités d'éjaculation et peut aggraver les
troubles vésicaux. A l'inverse, si les investigations ne montrent pas d'anomalies
suffisantes pour être rendues responsables du problème, un facteur psychologique
important ou exclusif est alors en cause, et doit être pris en charge (psychothérapie,
relaxation), de préférence en couple, comme dans tous problèmes d'impuissance
chez les personnes non diabétiques.
Chez la femme, la diminution de la lubrification vaginale peut être traitée
par l'utilisation de crème.
Crises sudorales profuses
En cas de crises sudorales profuses, il faut d'abord vérifier l'absence d'hypoglycémie
et d'autres affections pouvant entraîner une hypersudation. Les crises sont
parfois provoquées par certains aliments qu'il faut alors supprimer (fromages
fermentés, alcool, vinaigre). Si le problème est très gênant,
on peut essayer certains médicaments s'il n'y a pas de contre-indication (glaucome,
adénome de la prostate) mais leur tolérance n'est pas toujours bonne (bouche
sèche, troubles digestifs).